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Berlin’s Culture of Contrasts (the point of view of a British journalist)

19-10-2009

Par Stephen Lawrence
Contrairement aux clichés qui circulent généralement au sujet de l’Allemagne, Berlin est une ville décontractée, ouverte et tolérante. Sa scène culturelle est inventive et à la pointe de la modernité, et sa vie nocturne est l'une des plus animées d’Europe.

C’est aussi une ville qui assume délibérément certains des aspects les plus délicats de son passé. Si l'on déplore parfois à Berlin l’absence de vieilles pierres, ce manque est plus que compensé par la construction de nouveaux repères architecturaux et de monuments commémoratifs post-modernes qui sont là pour rappeler la période de trouble et de tumulte qu’elle a connue au XXe siècle. C'est une ville fascinante à visiter.
 
Comme on peut le comprendre, Berlin refuse de prendre son passé à la légère, mais ne craint pas non plus de regarder vers l’avenir. La ville a assumé avec une incroyable assurance son étiquette de destination touristique européenne obligée en se forgeant une réputation de carrefour moderne de la création, en accueillant des festivals de musique et de cinéma jouissant d’une grande renommée et en donnant naissance à une scène artistique florissante. À la fois underground, avant-gardiste et incroyablement branchée – signe d’une sorte de rébellion sociale et culturelle contre les restrictions du passé –, Berlin s’est transformée en une ville multiculturelle où règnent la liberté de pensée et de conscience et l’esprit de la fête, et où l’on ne cherche pas à aplanir les contrastes mais au contraire à les mettre en avant.

La preuve la plus flagrante de cette transformation est la vie nocturne de la ville. Après tout, n’est-ce pas ici que l’on peut danser sur du Beethoven dans les discothèques standard ?
 
C’est dans le quartier de Mitte que l’on trouve les clubs les plus sympathiques, où les Berlinois les plus branchés dansent sur toutes sortes de musiques, depuis la country jusqu’au rock’n’roll. Un constat réjouissant est que les discothèques de Berlin ne semblent pas, contrairement à beaucoup d'autres endroits, souffrir d’élitisme ou d'âgisme. Dans des clubs comme le Clärchen's Ballhaus, les jeunes se dandinent sur la piste aux côtés de leurs fringants aînés aux cheveux gris sans que cela ne pose problème ou ne gêne quiconque. On a du mal à expliquer comment cela peut marcher, mais lorsque l'on voit des jeunes et des vieux Berlinois danser ensemble, on ne trouve rien d’incongru. C’est merveilleux !
 
Une autre mode tout aussi populaire auprès d’un grand nombre de Berlinois branchés est le « Russendisko » (ou disco russe). Ce qui était au départ une simple animation en discothèque est devenu un événement bimensuel où la musique live cohabite avec des lectures, des conférences et des projections de films. Cela ne ressemble à rien de connu. Les DJ passent aussi bien de la country démodée que des danses de bal hongroises, mais aussi des musiques plus classiques telles que du rock (indépendant ou non), de la soul et de la pop.

En quête de liberté

Le 9 novembre 1989 ressemble toujours, à de nombreux égards, à un miracle. Des milliers d’Allemands de l’Est se précipitaient vers les poste-frontières de Berlin sous le regard perplexe des gardes désemparés. Les Berlinois de l’Ouest sortaient dans la rue pour accueillir leurs « visiteurs », et les larmes, comme la bière, coulaient évidemment à flots. Les deux sections de la ville étaient finalement réunifiées, avec pour fond sonore des fêtes improvisées, des klaxons de Trabant et – de manière assez surréaliste – la voix de l’ex-star d'Alerte à Malibu, David Hasselhoff, entonnant à tue-tête la chanson « Looking for Freedom » (qui allait connaître un énorme succès, tout au moins en Allemagne, en Autriche et en Suisse). C'est à ce moment-là qu'Hasselhoff est entré bizarrement dans l’histoire de l’Europe ; il occupe depuis lors une place particulière dans le cœur des Berlinois. « Le Hoff », comme on l’appelle, a récemment déclaré qu’il projetait de retourner à Berlin pour les festivités du 20ème anniversaire de la chute du Mur.
 
Les images légendaires de ces gens en train de danser et d’applaudir lorsque le Mur tomba font partie des moments les plus poignants et les plus émouvants de la fin du XXe siècle. De nombreux événements commémoratifs sont prévus, mais le clou des festivités sera un « Festival de la liberté » d’une durée de trois jours qui se tiendra à la Porte de Brandebourg (du 7 au 9 novembre). Le point d'orgue sera une reconstitution multimédia de la chute du Mur.
 
Pour plus d’informations, visiter le site www.berlin-tourist-information.de.

Un nouveau mur

Il semblerait que les festivités organisées autour du  20ème anniversaire de la chute du Mur ne soient pas du goût de tout le monde. Un parti politique allemand à caractère satirique, connu simplement sous le nom de « Die Partei » (Le parti), appelle à la reconstruction du mur. Son leader, Martin Sonneborn, ancien éditeur du magazine satirique allemand Titanik, prétend que l’idée de rétablir la barrière qui divisait autrefois la capitale du pays « est aujourd’hui largement approuvée à l’Est comme à l’Ouest ».
 
Selon Sonneborn, le fait de reconstruire le mur permettrait de créer 80 000 emplois et de faire mentir les prévisions du gouvernement, qui prédit une hausse du chômage de 10 % d’ici à l'an prochain, ce qui porterait à 4,6 millions le nombre de chômeurs. Sonneborn estime que ce chantier ne durerait pas plus d’un mois, et que cela permettrait à l’Allemagne de redorer son blason en devenant un leader international en matière de construction de mur, 20 ans après le démantèlement de la structure d’origine. « Je pense que le mur est une idée qui peut être exportée. De nombreux pays pourraient en vérité avoir besoin d'un mur. La Belgique, par exemple, ou encore les Pays-Bas. »
 
Près d’un quart des 6 000 membres du Die Partei vivent en Allemagne de l'Est. De récents sondages laissent entendre que les Allemands de l’Est ont souvent le sentiment d’être des citoyens de seconde zone, et qu'un certain nombre d'Allemands de l'Ouest n'apprécient pas que l’on ait dépensé des milliards pour reconstruire l'Est du pays que des décennies de communisme avaient laissé dans un état lamentable. Sonneborn fait valoir que son parti utilise la satire pour soulever des questions importantes.

Y a-t-il des amateurs pour de la saucisse au curry ?

Aucune cérémonie commémorative ne serait vraiment réussie sans les deux grandes institutions allemandes : la bière et la saucisse au curry. L'équivalent allemand du « fish and chips » est une saucisse de porc frite coupée en tranches, recouverte de ketchup et saupoudrée de curry. Si vous en achetez une sur n’importe quel stand installé dans les rues de Berlin, on vous demandera toujours si vous la voulez avec ou sans la peau (« Darm »).
 
S’il est vrai que le kebab est devenu aujourd’hui le choix préféré des Allemands en matière de snack, il n’en reste pas moins – aussi choquant que cela puisse paraître à certains – que la simple saucisse au curry sera toujours considérée comme l’un des piliers de la cuisine allemande. Le plat a été inventé en 1949 par un employé de magasin de Berlin, dans le contexte d’un pays ravagé par la guerre. Depuis cette date, près de 800 millions de saucisses seraient consommées chaque année. Les Berlinois en sont friands, et la ville lui a élevé son propre lieu de culte, le musée de la saucisse au curry, qui a coûté la somme de 5 millions d’euros.
 
Cela étant, le véritable haut lieu de ce plat est le quartier de Prenzlauerberg, à l’est de Berlin, où se trouve le plus important stand de saucisse au curry de la ville : le Konnopke’s Wurst Imbiss, situé sous la gare de Eberswalderstrasse et qui serait l'un des préférés de l’ex-Chancelier allemand Gerhard Schröder. Ce stand est une entreprise familiale vieille de plus de 80 ans. Les gens du coin jurent que leur saucisse est le meilleur remède contre la gueule de bois. Quelque chose me dit que le 10 novembre sera une journée très chargée pour le Konnopke’s !

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