Santorin racontée par ceux qui y habitentPar Emmanuel TresmontantEntre ses vues sublimes et ses paysages menacés par le tourisme de masse, l'île de Santorin peut être un paradis ou un enfer, selon la manière dont on l'aborde ! C'est pourquoi nous avons choisi de vous faire découvrir cet ancien volcan de la mer Egée en suivant les conseils de quelques personnalités locales. Santorin, loin des clichés, quel beau programme ! ![]() © E. Tresmontant / ViaMichelin C'est l'humain qui primeSi nous avons tiré un enseignement de toutes nos escapades en France et en Europe ces dernières années, c'est que la clef permettant d'accéder à ce qu'une région, une ville ou un pays possède de plus authentique est donnée par ceux qui y vivent. Á Santorin, nous avons eu la chance de rencontrer des figures d'exception qui vouent pour leur île une affection sans borne. Pâris Sigalas et Harydimos Hatzidakis, qui font partis du « top ten » des meilleurs vignerons grecs (voir article Santorin, un volcan de saveurs !), nous ont ainsi amenés aux abords de leurs vignes dans des endroits secrets et désertés par la foule. Petros Ikonamou, le spécialiste de la tomate de Santorin, nous a conduits en 4x4 dans des paysages « préhistoriques » absolument sublimes, non loin du site archéologique d'Akrotíri, au sud de l'île. Halaris Vagelis, pêcheur à Monolithos, nous a pris dans son bateau le soir pour nous montrer comment on jette à la mer plusieurs kilomètres de filets pour attraper le rouget, l'espadon ou le requin. La délicieuse Christa Braziotis enfin, dont les chambres creusées dans la falaise de Oía surplombent la mer, nous a quant à elle montré ce qu'est la vraie hospitalité grecque ! Une île pas comme les autres Par rapport aux 40 autres îles de l'archipel des Cyclades (qui, comme son nom l'indique, forment un cercle au centre de la mer Egée) Santorin est l'île la plus proche de la Crête. Ce site, l'un des plus spectaculaires de la Méditerranée, se découvre idéalement en bateau en provenance du Pirée ou d'Héraklion : quelle impression alors lorsque, pénétrant dans sa rade aux profondeurs abyssales (plus de 400 m, il est impossible d'y mouiller une ancre), vous apercevez l'immense falaise volcanique haute de 300 m que descend en zigzag un escalier de 587 marches ! Vous voici en face de Firá, la capitale de l'île. « Fille d'une colère suprême » comme l'écrivait le poète Odysseus Elytis, Santorin a toujours suscité une certaine angoisse. Le volcan s'est en effet réveillé violemment vers 1530 avant J.-C. recouvrant la totalité de l'île d'énormes quantités de pierres ponces et de cendre sur 30 ou 40 mètres d'épaisseur. L'île, qui était alors circulaire (d'où son premier nom de Strongyle, la ronde), vit sa partie centrale s'effondrer et la mer s'engouffrer dans le cratère. Ainsi disparut une brillante civilisation très proche de celle de la Crète et dont il ne reste que quelques vestiges. C'est également de ce cataclysme que provient la forme actuelle de l'île, un demi-cercle dont les falaises ocre et grise, situées côté Ouest, sont les vestiges de l'ancien cratère. Santorin, de temps à autre, tremble encore, comme en 1867, 1925 et, plus récemment, 1956 ! ![]() © E. Tresmontant / ViaMichelin Oía, ou la beauté comme thérapie !Dès votre arrivée à l'aéroport de Firá, prenez un taxi qui vous mènera en 20 minutes à Oía, situé à 10 km de la capitale sur la pointe nord de l'île. Malgré les vendeurs de cartes postales, ce village, réputé être le plus cher de toute la Grèce, a conservé tout son cachet. Les fils électriques y sont enterrés et la difficulté d'accès dissuade heureusement les promoteurs immobiliers d'y lancer de grands chantiers ! Tracée sur la crête de la falaise, à plus de 300 mètres au-dessus de la mer, sa rue piétonne principale pavée de marbre longe ici et là les ruines de maisons détruites par le séisme de 1956 (Oía était alors la plus importante localité de Santorin). Mais le plus impressionnant est la façon dont le village, avec ses multiples églises blanches recouvertes d'un dôme bleu, a pris possession des pentes de l'ancien cratère tombant à pic dans la mer. De multiples escaliers et terrasses relient ainsi les unes aux autres des maisons construites directement dans la roche. ![]() © E. Tresmontant / ViaMichelin C'est là que nous avons fait la connaissance de Christa Braziotis qui, d'avril à octobre, louent une poignée de chambres à l'architecture traditionnelle. Sa terrasse offre l'un des plus beaux panoramas qui soient sur la mer, les restes du volcan et toute la côte ouest. Le matin et le soir, la beauté du spectacle y est sidérante : on s'assoit, on regarde, ça fait du bien ! Christa qui milite pour la sauvegarde de Santorin nous a fait découvrir un merveilleux sentier pédestre, peu fréquenté, qui relie en 3 ou 4h Oía à Firá : partez donc le matin, avant la grosse chaleur, avec une gourde, un chapeau et quelques figues. Seul, vous observerez au bord du sentier les morceaux de lave solidifiée recouverts de câpriers sauvages. Le vent, une église déserte, les senteurs de la mer et de la sauge sauvage. Marchez en paix en relisant Homère ! (Retour à Oía l'après-midi par le bus). ![]() © E. Tresmontant / ViaMichelin PírgosÀ 30 minutes de Oía en voiture, le village médiéval fortifié de Pírgos est le plus élevé de Santorin. En remontant ses rues concentriques, vous atteindrez une jolie place arborée encadrée par une église, un musée de l'art byzantin et un hôtel Relais et Châteaux récent. Des paysans à dos d'ânes viennent y vendre leurs tomates, leurs fèves, leur miel et leur vin. La vue sur les toits blancs du village est superbe. Pírgos est également le village du grand vigneron Harydimos Hatzidakis qui est le seul sur l'île à produire des vins issus de l'agriculture biologique (voir article). En septembre, après les vendanges, vous pourrez admirer ses vignes au pied desquelles sèchent au soleil les grappes d'assyrtiko (le cépage traditionnel de l'île) dont le jus très sucré donnera le fameux vinsanto. Au-dessus du domaine Hatzidakis,à 4 km au sud-est de Pírgos, s'élève le monastère Profítis Iías fondé en 1711 sur un sommet qui est le point culminant de l'île (566 m). Attention, ce monastère réputé pour son jardin, sa bibliothèque et son musée d'art religieux n'est ouvert au public que quelques heures par semaine (voir infos pratiques). Santorin mode d'emploi Généralement, on reste à Santorin deux ou trois jours avant de rejoindre Athènes qui, depuis les Jeux Olympiques de 2004, s'est refait une beauté (lien sur article). Pour organiser son séjour (évitez les mois de juillet et août très chauds et très fréquentés), il faut prendre en compte deux paramètres importants. Premièrement, il n'est pas aisé de se déplacer sur l'île, les distances étant assez longues et les routes sinueuses étant exposées à un soleil de plomb ! Certes, des bus relient la capitale aux autres villages mais tous les sites ne sont pas desservis. Louer une voiture dès votre arrivée est donc la meilleure solution, à moins que vous n'optiez pour le scooter ou le quad qui vient de faire son entrée sur l'île. Attention aux coups de soleil, aux ravins et à la conduite pas toujours prudente des autochtones ! Deuxièmement, certains paysages de l'île, notamment aux abords de l'aéroport de Firá, ont été défigurés par des constructions sauvages en béton. La capitale elle-même, malgré ses magnifiques vues plongeantes sur la rade, est l'été submergée de touristes et de vendeurs d'objets de toutes sortes. Ici comme ailleurs, le tourisme de masse fait des ravages, autant donc être sélectif et ne voir sur deux jours que la quintessence de l'île ! ![]() © E. Tresmontant / ViaMichelin La plage de Perivolos et ses alentoursSur la côte sud-est de Santorin, la plage de sable noir de Perivolos est le rendez-vous de la jeunesse dorée d'Athènes. Le week-end, entre deux avions, on vient y louer sa chaise longue et son parasol, comme à Cannes. Les jeunes femmes arborent leurs bijoux en or provenant de chez Ilias Lalaounis (le célèbre joaillier de la capitale) et les hommes ne quittent pas leurs lunettes de soleil Armani. Tout cela est un peu futile, mais la plage est belle et vous pourrez également déguster les très beaux poissons frais de la Taverne (ce qui signifie « les filets ») située face à la mer. En quittant la plage de Perivolos, ne manquez pas de visiter l'autre village médiéval : Emborió. À moitié désert, ce bourg ressemble à une sorte de poupée russe, chaque fortification incluant une autre forteresse, comme s'il y avait plusieurs villages en un ! Les maisons y sont minuscules et on ne peut pénétrer dans l'enceinte qu'à pied. Un site hors du temps ! ![]() © E. Tresmontant / ViaMichelin « Jurassic park » à SantorinSituée sur la côte sud de Santorin, la cité minoenne d'Akrotíri fut enfouie sous les cendres de l'éruption volcanique de 1530 avant J.-C. Lors de notre visite, le site était malheureusement fermé au public. Sachez néanmoins que, jusqu'à sa découverte en 1967 par l'archéologue grec Spyridon Marinatos, la ville a été miraculeusement conservée par une épaisse gangue de pierre ponce imperméable. Ainsi peut-on admirer aujourd'hui encore ses rues, ses maisons à étage et ses grands vases dans lesquels était conservée la nourriture. Pour nous consoler, Petros Ikonamou (qui est l'une des figures les plus emblématiques de l'île) nous a fait découvrir un site naturel extraordinaire situé à l'est d'Akrotíri. Des stalagmites de lave s'y élèvent parmi les dunes et des sentiers sableux, dans lesquels notre 4x4 s'enfonce avec plaisir, serpentent entre des grottes et des gouffres, des cactus et des genévriers. Ce paysage méconnu est totalement épargné par le tourisme. De cet endroit, on accède à de belles plages désertes faisant face à la Crête qui apparaît au loin. Informations pratiquesLe plus simple pour se rendre à Santorin est encore de prendre l'avion à partir d'Athènes. 50 minutes de vol. Liaisons quotidiennes. Chambres à louer à Oía Chez Christa Braziolis Tél : 0030 22 860 71 511 Tél. : 0030 22 860 71 511 à partir de 72 euros la nuit en septembre Monastère Profítis Iías Ouvert seulement le mercredi, le vendredi et le samedi de 16h à 17h30, le samedi de 6h à 8h30, le dimanche de 4h30 à 8h30. |