Toulouse en trois quartiers !
Par Georges Rouzeau
Toulouse a conservé son art de vivre chaleureux, fait de convivialité à l'espagnole et d'esprit de quartier à la française. Rose, ocre ou rouge au fil de la journée, la capitale de la région Midi-Pyrénées offre un cocktail séduisant : patrimoine classique, lieux industriels restaurés et quartiers branchés.
Le Quai de Tounis
C'est encore un secret, mais plus pour longtemps. Toulouse mérite bien mieux qu'une étape sur la route des vacances. Baignée de rose, de rouge ou d'ocre, il faut la découvrir tranquillement à pied au fil de ses vieux quartiers et de ses ruelles piétonnes. Avec l'arrivée des beaux jours, les cours Renaissance se couvrent de fleurs et de végétation, et l'on s'imagine volontiers vivre ici tant la vie y est douce. La cité toulousaine, où triomphe la brique en terre cuite, offre un mélange particulièrement séduisant de patrimoine architectural classique, d'anciens lieux industriels restaurés et de rues branchées où il fait bon flâner entre shopping et café en terrasse.
Le vieux Toulouse : du Capitole à Saint-Sernin en passant par le quartier étudiant
À Toulouse, tout commence sur la place du Capitole, carrefour central et lieu de rendez-vous des Toulousains. Emblème de la ville et de la région Midi-Pyrénées, une croix du Languedoc en bronze est incrustée au centre de la place quand elle n'est pas masquée par le marché qui se tient là.
Cette place, qui grouille de monde jusque tard le soir, doit son nom à l'hôtel de ville, leCapitole, où les capitouls, des magistrats élus, se sont réunis pendant des siècles pour gouverner la ville.
Tout autour de la place se déploient des arcades datant du 19e s. qui rappellent celles de la rue de Rivoli à Paris.
Les nombreuses terrasses des brasseries (photo ci-contre), comme celles du Bibent, du Grand Café Albert ou du Café des Arcades, sont prises d'assaut dès les premiers beaux jours.
Majestueuse, la façade du Capitole, d'ordonnance classique alterne brique, pierre et marbre. Dans la cour, le portail Renaissance est surmonté d'une des rares statues d'Henri IV réalisée de son vivant, en 1607.
Les salles d'apparat du premier étage, décorées dans un style pompier extraordinaire, se visitent librement.
Dans la seconde salle, la fresque d'Henri Martin, intitulée Les Promeneurs des bords de la Garonne (1906), montre un personnage barbu vêtu d'un canotier et d'un imperméable beige : vous aurez reconnu Jean Jaurès, natif de Castres.
Hommage aux vertus de la République, la dernière salle, dite des Illustres, croule sous les stucs et les trompe-l'½il.
Changement radical d'ambiance en empruntant, au nord de la place, la rue du Taur (photo ci-contre) qui nous plonge immédiatement dans le « quartier latin » de Toulouse. Une foule compacte d'étudiants (ils sont 115 000 à séjourner dans la ville rose) y déambule jusque tard dans la nuit. Dans ce brouhaha, l'espagnol l'emporte presque sur le français. Les cybercafés et les gargotes pour manger sur le pouce sont légion.
Spécialisée dans le droit canon latin et la théologie, la tradition universitaire toulousaine - la seconde après celle de Paris - remonte à 1229, au lendemain de la croisade contre les Albigeois.
Les collèges, destinés à loger les étudiants pauvres, fleurirent dans ce qui n'était à l'époque qu'un faubourg de la ville. Il reste deux de ces collèges, considérablement remaniés.
Le premier, dit collège de l'Esquille, se remarque à son portail de pierre donnant sur la rue du Taur : il est l'½uvre de Nicholas Bachelier, l'architecte et sculpteur emblématique de la ville pendant la Renaissance. Au fond de la cour, un bâtiment abrite la cinémathèque de Toulouse, la seconde après celle de Paris. C'est un lieu bouillonnant, où il se passe toujours quelque chose.
Dans le second collège, à l'angle de la rue du Taur et de celle du Périgord, s'est installée l'école d'audiovisuel. Pénétrez dans la cour et retournez-vous pour jeter un coup d'½il sur la galerie à pans de bois, seul vestige du cloître primitif.
Arrivé au bout de la rue, vous voilà face à l'un des chefs-d'½uvre de l'art roman, la basilique Saint-Sernin, dont les proportions imposantes évoquent plus une cathédrale gothique qu'une petite chapelle auvergnate.
Le quartier Saint-Cyprien ou Toulouse réhabilité
Pour sortir des sentiers battus, nous vous invitons à franchir la Garonne à la rencontre du quartier Saint-Cyprien. C'est encore un village avec ses places comme celle de l'Estrapade, ses halles de fer avec son marché quotidien et ses ruelles où il fait bon déambuler.
Dès le Moyen-âge, pestiférés, malades, prostituées, filles-mères et mendiants sont parqués dans ce faubourg et recueillis d'une main de fer par les ordres religieux et les hospices. Le reste du quartier était habité par des ouvriers, des petits commerçants et des artisans dont la principale activité, située à proximité de la Garonne, était le travail des peaux.
L'Hôtel-Dieu Saint-Jacques et l'hôpital de la Grave (photo ci-contre) témoignent encore de ce passé hospitalier. Le premier accueille un musée de la Médecine réservé aux passionnés ; le second offre à l'admiration le dôme vert-de-gris de sa chapelle, véritable point de repère à des lieues à la ronde, et son dédale de cours où triomphe la brique rose. Le calme règne en maître, nombre de bâtiments étant vides.
Les deux plus belles réalisations architecturales de ce quartier sont en fait des réhabilitations. Il s'agit d'abord des abattoirs, un immense édifice industriel du 19e s., transformé en musée d'art moderne et contemporain de Toulouse et Midi-Pyrénées sous le nom...d'Abattoirs (photo ci-contre).
La restauration s'est attachée à mettre en valeur les volumes intérieurs colossaux. Au sous-sol, une ½uvre « monstre » de Picasso est suspendue sous un puits de lumière naturelle : il s'agit du rideau de scène exécuté pour la pièce de Romain Rolland, Le 14 juillet (1936), qui mesure plus de 8 m sur 13.
Ne manquez pas dans les jardins du musée de vous rendre sur la dalle formant une terrasse surplombant la Garonne : ce fleuve capricieux, aux crues redoutées, forme à cet endroit une cataracte au bruit assourdissant. La vue panoramique sur l'autre rive est saisissante.
Autre restauration « historique », le Château d'eau (photo ci-contre, à droite)est une tour de brique rose située en bordure de la Garonne.
Cet ouvrage de pompage assurait l'alimentation en eau jusqu'en 1870 de 90 fontaines à Toulouse. Depuis 1974, c'est un lieu pionnier pour l'exposition de la photographie en France. Tous les grands noms y sont exposés régulièrement.
Descendez au sous-sol, c'est amusant : on voit à travers des dalles de verre le réseau des tuyauteries de la salle des machines.
En contrebas, le long du quai, la Prairie des Filtres (photo ci-contre, à gauche) est devenue le parc le plus prisé des Toulousains, joggeurs, pêcheurs et promeneurs confondus.
Le nom de cette ancienne île, qui s'est rattachée progressivement à la rive au fil des siècles, vient de sa fonction de "filtre" : avant d'être dirigée vers le fameux château d'eau juste au-dessus, l'eau y décantait dans les sables alluvionnaires.
La seconde quinzaine de juin, le festival Rio Loco ! pose ses bagages pour une semaine de musique sud-américaine. De l'avis de tous, il y règne une folle ambiance !
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| | Où loger ? Deux hôtels bien situés Novotel Centre Entre le canal du Midi et l'un des boulevards extérieurs de Toulouse, cet hôtel de chaîne au confort impeccable est à dix minutes à pied de la place Saint-Sernin. Son grand atout : ses formules week-end imbattables à l'intention des familles. Hôtel Garonne En bord de Garonne et à cinq minutes du Capitole, cet hôtel de luxe et de charme offre 14 chambres décorées dans des tons sombres et chauds - parquet en chêne, tête de lit en bois wengé, rideaux bicolores beige. Les suites disposent d'un lecteur de CD et d'une salle de bain sonorisée. Une adresse à la fois chic et intime. Deux chambres d'hôtes originales sélectionnées dans le guide MICHELIN® Coups de c½ur France La Pradasse À 20 kilomètres de Toulouse, dans le Lauraguais, cette ancienne grange de 1889 en brique rose a été transformée en une magnifique verrière dans le goût 19e. Passionné par le fer forgé, le propriétaire a lui-même réalisé la structure de la plupart des meubles. L'ensemble de la décoration mixe avec panache les meubles chinés (avec une prédilection pour les années 1930) et les objets contemporains, et privilégie les matériaux bruts comme le verre, le ciment et le fer. Préparée à partir des légumes du jardin, la table d'hôte propose un délicieux mélange de cuisine traditionnelle et de créativité. Une adresse qui devrait même intéresser les hommes d'affaires de passage à Airbus industrie. La Péniche Soleïado Vous voulez vous réveiller sur une péniche amarrée sur le canal du Midi à l'ombre de platanes centenaires ? Prendre vos repas sur le pont quand, comme dit la chanson, au bord de l'eau, tout est beau ? Cette adresse, située à moins de dix kilomètres de Toulouse, est faite pour vous ! | |
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Les Carmes, quartier secret et branché
Derrière la place de l'Esquirol, le quartier des Carmes, en grande partie piétonnier, vaut bien deux heures de votre temps. Ses racines remontent au Moyen-âge quand les consuls de Toulouse décident de construire, place de l'Esquirol, un marché couvert qui sera maintes fois détruit et reconstruit. Sil ne reste rien de ce dernier, ce quartier conserve néanmoins un esprit artisanal et attire, par ses bars et ses boutiques branchées, toute une faune sympathique.
Quant à la rue de la Dalbade, elle aligne les plus beaux hôtels particuliers de Toulouse où résidèrent les fameux capitouls. Les belles façades se suivent aux numéros 7, 11, 18 et 22.
Le clou de la rue est l'hôtel de Clary (photo ci-contre) au n°25 dont la façade entièrement en pierre est un signe absolu d'opulence dans cette ville en brique. À l'époque, la pierre, une variété de marbre des Pyrénées, était en effet acheminée par voie navigable à un prix exorbitant.
Ne manquez pas non plus l'église de la Dalbade. Si cet édifice typique du gothique méridional revêt des allures de forteresse militaire, son portail Renaissance est une merveille de grâce, malgré la présence dans le tympan d'une céramique polychrome du 19e s. d'inspiration résolument saint-sulpicienne.
Les Carmes, c'est aussi le royaume du shopping. Côté vêtements, le quartier propose les enseignes classiques bon marché et jeune (dans la rue des Filatiers par exemple) mais aussi des vêtements plus branchés et plus chics (de G-Star à Agnès B dans la rue du Coq-d'Inde). Vous pouvez également opter pour les boutiques de vêtements d'occasion, griffés ou pas, pour adulte ou pour enfant. La rue des Couteliers aligne des boutiques d'instruments de musique, quelques disquaires et plusieurs artisans, antiquaires et restaurateurs d'art. Surfant sur la tendance altermondialiste, certaines boutiques se sont spécialisées dans les produits équitables.
Où prendre un verre dans ce quartier ? Le café du matin se prend inévitablement au... Bar du Matin, bien sûr !
Pourtant située face au parking aérien en béton de la place des Carmes, d'une laideur extraordinaire, sa terrasse ne désemplit pas. Intellos plongés dans la lecture du journal, habitants du quartier, jeunes branchés et vieux habitués se retrouvent dans cette institution toulousaine, pour parler de tout et de rien, voire de philosophie.
Pourquoi ne pas les rejoindre ?
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| | Renseignements pratiques Office de tourisme de Toulouse B.P. 0801 - 31080 Toulouse Cedex Tél : 05 61 11 02 22 Les amateurs d'art contemporain pourront complèter la visite des Abattoirs et du Château d'eau par celles de l'Espace Croix-Baragnon, un lieu situé en plein centre ville, dédié à l'art vidéo et aux installations : 24, rue Croix-Baragnon, 31000 Toulouse, Métro : Esquirol, tél : +33 (0)5.62.27.60.76. Novotel Centre Rue Saint-Jérôme Tél. : 05 61 21 74 74. Hôtel Garonne 22 Descente de la Halle aux poissons. Tél. : 05 34 31 94 80. La Pradasse M. et Mme Antoine 39 chemin de Toulouse 31450 Ayguesvives. Tél. : 05 61 81 55 96. La Péniche Soleïado Mme Roussel Pont-de-Mange-Pomme Ramonville-Saint-Agne Tél. : 06 86 27 83 19. | |
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Photographies © S.T.C - Ville de Toulouse, CRT M.P / D. VIET