La petite musique de Salzbourg
Par G. Rouzeau
Lové dans son écrin de cimes enneigées, Salzbourg est resté indifférent aux ravages du temps. Son cadre enchanteur se prête particulièrement bien à l'évocation du génie Mozart, dont on fête le 250e anniversaire de la naissance.
© G. Rouzeau/Viamichelin
Salzbourg et la musique : une histoire millénaire
On croit connaître la musique : les marchands du temple ont vendu l'âme de Salzbourg sur l'autel des produits dérivés, faisant du nom de Mozart, l'un des plus connus au monde, une marque juteuse valorisée à plus de 5,4 milliards d'euros.
Il n'en est rien : les charmes de cette ville baroque, entourée par les cimes enneigées des pré-alpes autrichiennes, opèrent encore avec force. Son cadre magique, entre la rivière Salzach et une éminence rocheuse, a toujours été chéri des artistes, des musiciens et des écrivains bien avant que l'UNESCO ne l'inscrive à son patrimoine mondial. Stefan Zweig y vécut jusqu'en 1933 dans une belle maison juchée au sommet du Mont des Capucins ; le bouillant peintre expressionniste Oscar Kokoschka y créa une école d'art dans les années 1950 ; même l'irascible écrivain Thomas Bernard témoigna dans son ½uvre d'une mansuétude rare à l'égard de cette ville où il passa quelques années heureuses auprès de ses grands-parents.
Quant à la musique, elle eut toujours partie liée avec Salzbourg, et cela bien avant la naissance de Mozart ou le succès international du festival de Salzbourg. Pendant plusieurs siècles, enrichis par l'exploitation des mines de sel du Salzkammergut, les princes-archevêques n'eurent de cesse d'entretenir des écoles de chant prestigieuses et des orchestres de cour de qualité.
C'est d'ailleurs à Salzbourg qu'eut lieu la première représentation d'un opéra en terre germanique, l'Orfeo de Monteverdi, un peu plus de huit ans après sa création à Mantoue en Italie. Plus tard, dans les années 1920 naît le premier festival de Salzbourg sous l'impulsion d'un groupe d'amis épris de Salzbourg : le metteur en scène Max Reinhardt, l'écrivain, poète et librettiste Hugo von Hofmannsthal, le compositeur Richard Strauss, le chef d'orchestre Franz Schalk et le peintre et décorateur Alfred Roller. Ils avaient l'habitude de tenir salon au café Bazar sur la Schwarzstrasse.
À partir de 1967, le chef d'orchestre Herbert von Karajan, un enfant de la ville, lance son propre festival de Pâques suivi des concerts de la Pentecôte en 1973, faisant de Salzbourg l'une des capitales mondiales de la musique. La statue du maître, gribouillée par un Salzbourgeois irrévérencieux, orne le jardin de sa maison natale sur l'Elizabethkai (photo ci-contre).
Mais il y a une autre ritournelle à succès à Salzbourg. C'est celle de la Mélodie du bonheur, une comédie musicale culte aux États-Unis, tournée en 1965 par Robert Wise dans les décors naturels de Salzbourg : chaque année, 120 000 fans, dont certains ignorent le nom de Mozart, viennent en pèlerinage sur les traces de la sémillante gouvernante Maria, interprétée à l'écran par Julie Andrews.
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| | Viva Mozart ! C'est l'exposition phare de l'année Mozart qui se tient dans un musée entièrement rénové pour l'occasion, le Carolino Augusteum, situé sur la Residenzplatz. Difficile d'exposer un compositeur dont les ½uvres, par définition, s'écoutent mais ne se voient pas... Les commissaires ont plutôt choisi d'évoquer l'homme, son époque, son goûts pour les jeux (fléchettes, cartes, dés, etc.) et les bonnes choses (café, vanille, chocolat, vin). De nombreuses partitions originales confrontent le visiteur à la réalité du génie de Mozart. | |
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Sur les pas de Mozart : hauts lieux d'un pèlerinage
Mozarts Geburtshaus
De jeunes Japonaises au look ravageur se prennent en photo à tour de rôle devant une plaque au numéro 9 de la Getreidegasse : aucun doute possible, voici bien la maison natale de Mozart (Mozarts Geburtshaus). L'enfant prodige vit le jour dans un appartement exigu du troisième étage le 27 janvier 1756.
Vous y découvrirez quelques objets particulièrement émouvants tels le violon et le clavicorde sur lesquels il composa ses ½uvres de jeunesse. On trouve également quelques portraits du compositeur et de sa famille, un choix de lettres et de partitions, ainsi qu'une salle meublée à la mode bourgeoise de l'époque. Le scénographe Robert Wilson a apposé sa patte sur ce musée par petites touches, un néon par-ci, un lapin blanc par-là : l'entreprise est parfois déconcertante. À la sortie, remarquez les sonnettes d'origine - des câbles reliés à chaque étage - qui fonctionnent toujours.
Traversant de part en part la vieille ville, la Getreidegasse vaut aussi le coup d'½il pour ses enseignes en fer forgé et son animation. C'est dans cette rue que se situe l'une des découvertes gastronomiques de notre séjour salzbourgeois, le restaurant Carpe Diem (voir notre article Saveurs de Salzbourg).
Dom
Notre pèlerinage mozartien continue au Dom. Cette cathédrale colossale, qui manque un peu de grâce, a été bâtie d'après les plans de l'architecte lombard SantinoSolinari entre 1614 et 1628. Mozart y fut baptisé sous le nom de Johannes Chrysostomus Wolfgang Theophilus sur des fonds baptismaux provenant de la première église romane élevée en 774. L'un des lions qui sert de piétement a le nez tout brillant : les fidèles le caressaient en guise de porte-bonheur.
Organiste de la cathédrale et de la cour, Mozart avait son orgue attitré situé à droite de l'autel. Le Dom n'en compte pas moins de cinq, ce qui constituait à l'époque un dispositif sonore unique en son genre, proche de notre Dolby stéréo avec effet surround. Mozart composa sur cet orgue nombre de ses ½uvres religieuses, dont sa Messe du couronnement.
Benediktinerstiftskirche St. Peter
Fondée en l'an 696 par saint Rupert, l'abbaye Saint-Pierre est la plus ancienne abbaye d'hommes en pays de langue allemande, toujours occupée par une trentaine de moines bénédictins.
Mozart a toujours entretenu des liens étroits avec cette abbaye par le biais de son amitié avec le fils du propriétaire de sa maison natale, Kajetan Rupert Hagenauer, entré chez les bénédictins en 1764 sous le nom de Dominicus. En l'honneur de son ordination, Wolfgang composa sa Messe de Dominicus jouée à Saint-Pierre en 1769. Lors de son dernier séjour à Salzbourg, Mozart y dirigea lui-même sa Messe solennelle en ut mineur dont sa femme Constance chanta la première partie de soprano.
Romane, l'église Saint-Pierre a été remaniée dans le goût rococo au 18e s. et abrite une superbe grille en fer forgée, dorée et ouvragée jusqu'au vertige, qui sépare le porche de la nef.
Coincé entre l'église et les parois rocheuses du Mönchsberg se trouve le cimetière Saint-Pierre (Petersfriedhof). Plusieurs générations de grandes familles salzbourgeoises y sont enterrées, ainsi que deux personnalités éminentes : Nannerl, la s½ur de Mozart et le chanteur Richard Mayr, Salzbourgeois célèbre pour son interprétation dans le Chevalier à la rose de Richard Strauss. Au pied de la montagne, des arcades abritent des chapelles privées ; un boyau creusé dans le roc permet d'accéder aux catacombes (payantes) où se seraient tenus les premiers rituels chrétiens de Salzbourg.
Residenz
Le palais de la Résidence est un vaste conglomérat architectural construit (pour l'essentiel) entre le 17 et le 18e s. pour le compte des trois plus grands princes-archevêques de Salkzbourg, Wolf Dietrich von Raitenau, Markus Sittikus von Hohenems et Pâris Lodron. Mozart venait y divertir chaque jour le prince-archevêque après le repas.
À l'intérieur se succèdent salons d'apparat, chambres et antichambres croulant sous les stucs dorés, miroirs vénitiens et tapisseries de Bruxelles. Certaines de ces pièces (il y en a plus de 180) peuvent être visitées.
Le palais recèle également les collections de peinture de prélats autrichiens, décidément très italiens dans leurs manières fastueuses. La peinture européenne du 16 au 19e s. y est bien représentée, avec en point d'orgue la peinture hollandaise du 17e s. et quelques-uns de ses illustres représentants comme Rembrandt, Rubens et Brueghel.
Mozart-Wohnhaus (Tanzmeisterhaus)
Complément indispensable à la visite de la maison natale du divin enfant, la maison du maître de danse (Tanzmeisterhaus) accueillit Mozart et sa famille de 1773 à 1781 dans un appartement bien plus grand que celui de la Getreidegasse.
Le musée présente lettres, manuscrits, livres (dont un guide de voyage en Italie annoté de la main du père de Mozart) et instruments de musique de l'époque. On y apprend également que le passe-temps favori des Salzbourgeois et de Mozart en particulier était le tir de fléchettes à l'aide d'une carabine à air comprimé ! Ces chenapans visaient des cibles en bois décorées d'une saynète ironique, voire obscène... On est bien loin de l'atmosphère compassée qui règne aujourd'hui dans nos salles de concerts.
C'est dans les caves blindées de cette maison que les partitions originales du compositeur sont conservées sous l'½il bienveillant d'une Française de Salzbourg, Geneviève Geffray, éditrice et traductrice de sa correspondance chez Flammarion.
Friedhof St. Sebastian
Changement radical d'ambiance au cimetière Saint-Sébastien, entouré d'un cloître à l'italienne dont les arcades abritent d'innombrables monuments funéraires.
Dans l'allée centrale s'élève le caveau de la famille Mozart (photo ci-contre). En sortant, ne manquez pas à gauche, dans le vestibule qui mène à l'église, le monument funéraire dédié au philosophe, médecin et alchimiste Paracelse, mort à Salzbourg en 1541.
Mirabellgarten
Du château d'origine construit au début du 17e s., il ne reste plus que le superbe escalier monumental orné d'angelots expressifs dus à Raphael Donner et surtout une salle dite de Marbre, toute en dorures et stucs polychromes, où Mozart donna plusieurs concerts.
Aujourd'hui, c'est la salle des mariages, très appréciée des Japonais qui peuvent suivre le déroulement de la cérémonie sans quitter leur pays grâce une webcaméra dissimulée dans le mur.
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| | Hotel Sacher Vous voulez dormir dans la même chambre que Cecilia Bartoli ? Alors choisissez le seul cinq étoiles de Salzbourg situé au bord de la rivière Salzach et jouissant d'une vue imprenable sur la vieille ville : c'est l'hôtel préféré des musiciens, des chanteurs et des chanteuses qui se produisent chaque année dans l'un des festivals de Salzbourg. Ex-Osterreichischer Hof depuis son rachat par la famille Gürtler (qui possède également le Sacher de Vienne et l'Imperial Hofburg), cet hôtel possède une vaste gamme de chambres dont une suite présidentielle. Chaque chambre se caractérise par une décoration originale et des meubles d'époques. Deux restaurants vous y attendent : le premier, le Zirbelzimmer, avec un lambris d'origine dans le style Biedermeier, propose une cuisine traditionnelle de qualité (tartare de truite, soupe de potiron, raviolis au sang, filet d'omble chevalier au bleu, cuisse de poulet farcie au foie d'oie) ; le second, le Salzachgrill, plutôt du genre « snack », est l'une des adresses préférées des Salzbourgeois. | |
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| | Renseignements pratiques Office de tourisme autrichien , www.austria.info/fr, tél. 0 811 60 10 60. Ville de Salzbourg : www.salzburg.info, tél.00 43 662 88 98 70. Avant d'organiser votre voyage, jetez un coup d'½il sur les forfaits séjours concoctés par la ville, par les hôtels (comme le Sacher) et sur les brochures des tour-opérateurs qui sont nombreux à proposer cette destination en cette année Mozart. La Fugue - Europera est un tour-opérateur spécialisé dans le voyage culturel et musical : www.lafugue.com 32, rue Washington 75008, Paris, tél : +33 (0) 1 43 59 10 14 - fax : +33 (0) 1 43 59 36 79. information@lafugue.com Salzburger Museum Carolino Augusteum , Residenzplatz, 9. Hotel Sacher , Schwarzstrasse, 5-7, A 5020 Salzbourg, +43/662/88 977-0. www.sacher.com | |
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Photographies : © G. Rouzeau/ViaMichelin, Hôtel Sacher