Jeux olympiques d'hiver 2006 : Turin consacré !
Turin, première capitale de l'Italie unifiée, se prépare à accueillir les Jeux olympiques d'hiver 2006. Cet événement sportif de portée mondiale n'est qu'une étape de plus, décisive il est vrai, dans une reconversion culturelle et touristique entamée il y a plus de dix ans, parallèlement au déclin des activités industrielles. La ville tant aimée de Rousseau et de Nietzsche redécouvre son potentiel de séduction : qui s'en plaindra ?
Vue de Turin
© Michele D'Ottavio
On s'attendait à une ville grise et industrielle, capitale de l'automobile, du football, de la banque et des assurances. On découvre au contraire la plus parisienne des villes italiennes, resplendissante sous un ciel bleu azur. De larges avenues rectilignes y déroulent leurs arcades et leur perspectives jusqu'aux Alpes ; des immeubles Liberty escortent de vastes carrefours. Il n'y a pas ici, contrairement à Rome ou à Naples, cette impression de sédimentation historique qui remonte parfois jusqu'à l'Antiquité.
À Turin, les places évoquent plutôt des scènes de théâtre d'où partent des lignes fuyantes dans un jeu de perspectives. C'est le peintre Giorgio De Chirico qui a le mieux saisi cette essence théâtrale propre à la ville, en peignant des places solitaires bordées d'arcades et gagnées par une ombre épaisse et inquiétante.
Turin olympique, le Turin du futur
La meilleure solution pour découvrir l'ensemble des infrastructures olympiques est de louer une voiture pour une demi-journée.
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| | La Torino Card Rebaptisée Torino card olympia della cultura pendant les Jeux, cette carte est un sésame indispensable pour la découverte de la ville et de ses monuments. Valable 48 ou 72 heures, elle donne accès gratuitement à tous les transports en commun, à une centaine de musées et, pendant les Jeux, à de nombreuses manifestations culturelles. | |
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La préparation des Jeux olympiques d'hiver 2006 a été pour la ville l'occasion d'une profonde transformation avec l'ouverture de centaines de chantiers. La plupart des travaux s'inscrivent dans un plan de modernisation entamé il y a longtemps déjà et qui vise à gommer l'image trop industrielle de Turin...
Situé au sud-est de la ville, le Palavela est une grande aile de béton en forme de voile réalisée pour l'exposition Italia 61 qui commémorait le centenaire de l'unification italienne ; pour les Jeux olympiques d'hiver, les architectes Gae Aulenti (musée d'Orsay) et Arnaldo De Bernardi ont glissé dessous une nouvelle structure où se dérouleront les épreuves de patinage artistique et de patinage de vitesse sur distance courte.
Le vieux stade communal, bâti sous le fascisme et toujours dominé par la célèbre tour Maratona, a été rebaptisé stade olympique après une campagne de restauration radicale qui l'a doté d'une couverture en acier du plus bel effet.
C'est ici que se dérouleront les cérémonies d'ouverture et de clôture des Jeux,avec notamment la participation du Cirque du Soleil.

À côté du stade olympique, le Japonais
Arata Isozaki a créé de toutes pièces un impressionnant quadrilatère de verre et d'acier, le
Palasport olimpico (palais des sports olympiques), où auront lieu les compétitions de hockey sur glace. D'autres épreuves de hockey se tiendront au
Torino Esposizioni, une réalisation « historique » de Pier Luigi Nervi, restaurée pour l'occasion.
Situé entre le Lingotto et le village olympique, l'Oval, une grande nef métallique, a été dotée d'une aile supplémentaire aux murs de verre. Les patineurs de vitesse s'y affronteront sur une piste ovale de 400 m.
Le village olympique a absorbé les belles halles de style Eiffel bâties en 1934 qui ont longtemps servi de marché central (mercati generali) pour Turin et sa région ; après les Jeux, il sera transformé en logements sociaux.
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| | En montagne Six stations accueilleront les épreuves olympiques : Cesana (biathlon, ski alpin femmes, bobsleigh, luge et skeleton, une luge en acier utilisée en position couchée), Pragelato (saut à ski, ski de fond, combiné nordique), Bardonecchia (surf des neiges), Pinerolo (curling), Sauze d'Oulx (ski acrobatique), Sestriere (ski alpin). | |
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Turin baroque
Le centre historique de la ville se visite à pied.

Rien de plus scénographique que l'art baroque dont Turin est un haut lieu grâce à deux architectes,
Fra Guarino Guarini et le Sicilien
Filippo Juvarra. Certes, il s'agit d'un baroque austère et tempéré, raffiné et discret, propre à une ville qui refuse l'ostentation. Le « petit salon » de Turin, nom donné à la
piazza San Carlo, en est un témoignage précieux. Conçue au 17
e s. par
Carlo di Castellamonte, cette véritable scène bordée d'arcades a pour toile de fond les deux églises
Santa Cristina (à gauche) et
San Carlo (à droite), surnommées ici
le chiese gemelle (les églises jumelles). Si la première arbore une façade dessinée par Juvarra, la seconde bénéficie de la faveur des couples turinois qui veulent se marier ici et pas ailleurs. Du matin au soir, les Turinois se pressent sur cette place pour prendre un
caffé ou une collation au San Carlo ou au Torino, son rival (voir notre article
Turin, un paradis pour les gourmets), avant de faire du shopping via Roma.
En attendant Roberto Alagna sur la piazza Castello
De même, la
piazza Castello, infiniment plus vaste,
en impose au premier coup d'½il. Elle a été le c½ur politique et religieux de la ville pendant des siècles, et aujourd'hui encore les principales artères de la ville en partent. Comme la place San Carlo, la piazza Castello est bordée de cafés historiques (voir notre article
Turin, un paradis pour les gourmets).
Elle doit son nom au castello (château en italien) ou palazzo Madama, une forteresse en briques rouges du 15e s qui comporte à l'Ouest une façade baroque dessinée par Juvarra. Le goût de la représentation se poursuit de l'autre côté de la place au Teatro Regio dont la grille a été dessinée par un certain Umberto Mastroianni, sculpteur et oncle de l'acteur fétiche de Fellini. Pour l'ouverture des Jeux olympiques, Jean Reno y met en scène son ami Roberto Alagna dans l'opéra de Puccini, Manon Lescaut.
Le palazzo Reale et la galerie d'armes
L'austérité de la façade du palazzo Reale, qui ferme la place, ne doit pas vous dissuader de visiter les appartements royaux (où résidèrent jusqu'en 1865 les rois de la maison de Savoie), somptueusement décorés et meublés.
Mais c'est la galerie d'armes (Armeria reale), l'une des plus belles d'Europe, qui attire les foules depuis qu'elle a été restaurée : les armes, armures, boucliers et caparaçons ayant appartenu à Ascanio Maria Visconti ou Emmanuel-Philibert rivalisent ici avec l'art de l'orfèvrerie à force de délicatesse. On voit par là que faire la guerre, c'était d'abord en imposer esthétiquement.
L'illusionnisme baroque de l'église San Lorenzo
Rien ne distingue la porte d'entrée de l'église San Lorenzo d'un vulgaire porche d'immeuble donnant sur la piazza castello. Seule sa coupole, qui jaillit par-dessus les toits, la signale à l'attention : réalisée par Fra Guarino Guarini, c'est la quintessence de l'illusionnisme baroque. À l'intérieur, on croirait qu'elle repose sur des colonnes corinthiennes alors que de gros arcs cachés la soutiennent. Si vous la regardez fixement, vous verrez apparaître un « masque » dont les yeux et la bouche sont figurés par des oculi.
Baroque également,
l'église Della Consolata donne le vertige avec son plan hexagonal et ses chapelles ovales, son déluge de marbres et d'ors et le maître-autel de Juvarra. Elle fait face à
Al Bicerin, café qui concocte l'un des meilleurs
bicerin de la ville (voir notre article
Turin, un paradis pour les gourmets), ce qui entre probablement pour une bonne part dans son succès.
Baroque enfin, la chapelle du Saint-Suaire, située au fond du Duomo, la seule église Renaissance de Turin ! Sous une immense coupole, Guarini a fait preuve d'un sens achevé de la mise en scène pour mettre en valeur la plus fascinante relique de la chrétienté : le Saint-Suaire, un linceul de lin où se serait imprimé le visage du Christ, conservé dans un coffre en argent fermé à sept tours - il faudra attendre 2015 pour sa prochaine exhibition publique. Que l'on y croit ou non, la magie dégagée par ce tissu est intacte.
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| | Shopping à Turin Avec ses 18 km d'arcades à l'abri des intempéries, ses boutiques de vêtements et d'accessoires, ses bonnes adresses de bouche et ses prix étonnamment serrés, Turin est un paradis du shopping. Vous pourrez vous en donner à c½ur joie dans les rues Roma (magasins de luxe comme Vuitton et Hermès), Garibaldi (l'une des plus longues artères piétonnes d'Europe), Lagrange (qui rallie tous les gourmets) et Carlo Alberto. Les amateurs d'antiquités iront se promener du côté des rues Cavour, Maria Vittoria et Barbaroux (paradis des petits antiquaires). Chaque samedi (et deuxième dimanche du mois) se tient le fameux Balòn de la Porta Palazzo, des puces très réputées pour les bonnes affaires. Des bouquinistes sont présents un peu partout dans la ville, notamment sur la via Po. Chaque jour, la ville peut également s'enorgueillir de 49 marchés de plein air (alimentaires et vestimentaires), un record en Europe ! | |
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Turin, berceau du cinéma italien

Une ville où l'on passe sans transition des arcades mussoliniennes de la via Roma au baroque raffiné de la place San Carlo, comme d'un décor à l'autre, est naturellement cinématographique.
De fait, l'histoire de Turin est intiment liée à celle du septième art : le premier film de l'histoire du cinéma italien, un documentaire, y est tourné en 1904.
Dès les années 1910, la capitale du Piémont devient aussi celle du cinéma et accouche, en 1914, de la première superproduction mondiale, Cabiria, de Giovanni Pastrone. Plus tard, Mario Monicelli, Michelangelo Antonioni, Luigi Comencini et Ettore Scola profitent de structures de production solidement établies.
Mais c'est Dario Argento, maître dans l'art du film d'horreur, qui succombe littéralement au charme troublant de la ville en y tournant pas moins de quatre longs métrages dont Profondo Rosso.

Pour rendre justice à cette histoire, Turin s'est doté d'un
musée national du cinéma qui vaut à lui seul le déplacement.
Il occupe en effet la Mole Antonelliana, un édifice commandé en 1862 à l'architecte Alessandro Antonelli par la communauté juive de Turin, qui souhaitait une synagogue pour fêter son émancipation accordée en 1848 par Charles-Albert. Mais quand le bâtiment bascule dans la démesure et atteint 167 m de haut, la communauté juive abandonne le projet qui est racheté par la mairie. Aujourd'hui, un ascenseur panoramique permet de s'envoler jusqu'à la terrasse au pied de la flèche en 59 secondes et d'embrasser un panorama superbe sur la ville et les montagnes.
Salles plongées dans le clair-obscur, tentures rouges, extraits de films, caméras cachées, 200 000 affiches et même un bustier de Marilyn Monroe : les riches collections s'appréhendent à travers une scénographie à la page. La « salle du Temple », qui se trouve au 2e étage, constitue le c½ur du musée. Là, sous le regard du Moloch, le monstre de Cabiria, on peut regarder un court-métrage installé sur un transat ou explorer les petites chapelles consacrées chacune à un thème, de l'absurde à l'horreur en passant par l'humour.
Turin, ville automobile
Lingotto, symbole du nouveau Turin
Personne ne l'ignore, Turin est le berceau de la Fiat, fondée en 1899 par un groupe d'hommes d'affaires, dont Giovanni Agnelli : l'une des plus belles sagas de l'histoire de l'automobile vient de commencer. De la Fiat 500 à la Punto, la marque a produit plus de 85 millions de véhicules.
Une partie d'entre eux a été construite dans le fameux Lingotto, un Léviathan architectural de 153 000 m2, qui compte parmi les chefs-d'½uvre de l'architecture industrielle du 20e s. Réalisé par Giacomo Mattè Trucco entre 1916 et 1922, l'édifice respecte à la lettre les lois du fordisme. En effet, la voiture est assemblée étage par étage : arrivée au dernier, elle est fin prête pour un tour de piste en boucle sur le toit. La production s'arrête en 1982 avec la sortie du dernier modèle, la Fiat Delta.

Chargé de la reconversion du lieu,
Renzo Piano y aménage une galerie commerciale avec 130 boutiques (8 Gallery), un cinéma multiplexe et deux hôtels.
Au sommet, l'architecte a construit une pinacothèque pour la collection de Giovanni et Marella Agnelli, qui comprend notamment un ensemble, unique en Italie, de sept Matisse.
Face à elle, la bolla, une bulle de verre à l'architecture futuriste, capable de tourner sur elle-même. Enfin, l'auditorium Giovanni Agnelli, d'une capacité de 2000 places, s'est taillé dès son ouverture une excellente réputation grâce à son acoustique remarquable.
Une capitale du design automobile
Aujourd'hui, alors que le groupe Fiat a perdu de sa superbe, Turin demeure néanmoins une place forte du design automobile grâce à Battista et Sergio Farina, Giovanni Bertone et Giorgietto Giugiaro. De leurs cartons à dessin sont sorties la 2 CV, la DS, l'Alfa Romeo Giulietta, la Ferrari Testarossa, l'Aston Martin DB4 GT, les Fiat Panda, Uno et Punto, les Volkswagen Golf et Passat.
Pour compléter ce panorama, il est indispensable de visiter le musée de l'automobile dont les collections sont installées dans un bâtiment sixties tout en béton, verre fumé et moquette marron.
Fondé par un journaliste passionné d'automobiles, Carlo Biscaretti di Ruffia (le premier Turinois à avoir obtenu son permis de conduire), ce musée présente 80 marques avec une prédilection pour les constructeurs italiens et une salle consacrée à l'histoire du pneumatique.
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| | À voir également Le musée égyptien. Troisième par son importance après ceux de Londres et du Caire. Il abrite notamment la tombe intacte de l'architecte Kha et de sa femme. Galleria Sabauda. Collections d'art de la maison de Savoie. Vaste panorama de l'art italien (et notamment des écoles piémontaises) et flamand du 14e au 18e s. Palazzo Carignano. Ce palais baroque réalisé par Guarini abrite le musée du Risorgimento. Consacré à l'histoire de l'Italie de la fin du 18e s. jusqu'à la Seconde Guerre mondiale. À l'intérieur, salle du parlement subalpin où siégèrent Cavour et Garibaldi. Palazzo Falletti di Barolo . Pour tout savoir sur la vie d'une grande famille aristocratique qui a marqué de son empreinte l'histoire de Turin. Fresques (notamment de Benedetto Alfieri) et mobiliers d'origine. | |
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| | Renseignements pratiques Boston hotel. www.hotelbostontorino.it/, via Massena, 70 Torino, (0039) 011. 500359. Situé à 20 minutes à pied du centre en bordure du quartier chic de la Crocetta, ce magnifique hôtel possède une façade Liberty, un intérieur entièrement design et une collection d'art contemporain, y compris dans les chambres, qui compte notamment un Warhol. Le Lingotto possède également deux hôtels, le Méridien et Art and Tech. | |
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Photographies : © G. Rouzeau/ViaMichelin, Michele D'Ottavio