| | | | | | Cliquez sur la photo pour l'agrandir       | |  | |  | | Tourisme et Gastronomie Berlin, éternel Bauhaus Par Georges Rouzeau Plus de quinze ans après la chute du Mur, Berlin n'en finit pas de se transformer. Tandis que le patrimoine classique, comme le Reichstag, connaît souvent une nouvelle vie, la crème des architectes du monde entier vient y laisser libre cours à sa créativité. Berlin, éternel Bauhaus, est toujours à (re)découvrir. Si vous ne disposez que de deux ou trois jours, notre guide vous propose une sélection des endroits incontournables. © G. Rouzeau / ViaMichelin Zeughaus | Plus de quinze ans après la chute du Mur, Berlin vit encore au rythme des chantiers de la reconstruction. Tout au long d'Unter den Linden, la plus prestigieuse avenue du centre de la ville, les marteaux piqueurs et les ouvriers sévissent sans relâche. Berlin-Est ayant hérité, il y a 44 ans, de la majeure partie du centre historique, le chantier de rénovation était considérable. Il est loin d'être achevé. De bonne grâce, la métropole la plus étendue du continent (8 fois Paris intra-muros) s'est livrée à son passe-temps favori : l'expérimentation urbaine, caractéristique d'une ville qui cultive depuis toujours une tradition anti-conformiste.
De la Potsdamer Platz au quartier des ambassades, les édifices avant-gardistes fleurissent comme par miracle. Même les monuments classiques comme le Reichstag, restauré par Sir Norman Foster, et le Zeughaus, agrandi par Ieoh Ming Pei (l'architecte de la pyramide du Louvre), connaissent une seconde vie.
Si Berlin ne connaît guère d'homogénéité architecturale, elle tire de ses contrastes une énergie et une créativité formidables, longtemps incarnées par le quartier alternatif de Kreuzberg. En vertu de quoi la ville vous séduira autant par ses collections d'art antique que par ses gratte-ciel futuristes, par ses monuments historiques que par ses anciens squats reconvertis en galeries. © G. Rouzeau / ViaMichelin Porte de Brandebourg | Unter den Linden
Toute découverte de Berlin commence par l'avenue Unter den Linden (littéralement " sous les tilleuls ") qui traverse le centre historique. Cette large avenue royale, créée au 17e s. par Frédéric-Guillaume, s'est peuplée au fil du temps d'édifices de prestige dont certains ont été épargnés par la guerre. La porte de Brandebourg, symbole de Berlin et de l'Allemagne divisée puis réunifiée, ouvre majestueusement l'avenue comme une moderne Acropole d'Athènes. À son sommet, un fougueux Quadrige (œuvre de Johann Gottfried Schadow) symbolise une Victoire, regardant vers la ville en guise de paix. Hitler, expert en détournement de symboles, l'avait tourné vers l'Ouest pour que nul n'ignore ses projets de conquête. Au pied de la porte, la Pariser Platz célèbre la prise de Paris par les armées coalisées contre Napoléon. Depuis la chute du Mur, cette place, naguère considérée comme le "salon diplomatique" de Berlin, a été l'objet d'une intense campagne de reconstruction. La nouvelle ambassade de France (2002), construite par Christian de Portzamparc sur l'emplacement historique de l'ancien palais néo-classique détruit en 1945, en témoigne notamment.
© G. Rouzeau / ViaMichelin Atrium de la DG Bank | En face, la façade de la DG Bank est un modèle d'ennui. Mais ne vous y fiez pas ! À l'intérieur, l'Américain Frank Gehry a dynamité toutes les règles en vigueur. L'atrium sert d'écrin à une structure de métal et de verre au-dessus de laquelle flotte une forme énigmatique - un poisson, métaphore idéale du mouvement, aux dires du créateur du musée Guggenheim à Bilbao. Le toit est d'une complexité inouïe avec son enchevêtrement d'acier et de verre dont la forme évoque les rayons d'une ruche. Au numéro d'à côté, vous aurez l'œil accroché par un vaisseau tout de verre, l'Akademie der Künste de Gunther Behnisch, reconstruit en lieu et place de l'ancienne académie qui occupait un palais du 18es. d'Ernst von Ihne. Lumineux et aérien, l'atrium s'ouvre sur la cafétéria, la bibliothèque et la librairie grâce à un réseau de passerelles et d'escaliers de verre. L'institution présente une exposition digne d'intérêt, "Künstler.Archiv, Neue Werke zu Historischen Beständen" (Artiste/Archive, nouveaux travaux sur les fonds historiques). Neuf artistes, parmi lesquels Christian Boltanski ou Ilya et Emilia Kabakov, se sont approprié les archives d'intellectuels allemands pour tenter de donner corps au passé, notamment celui de l'ancienne RDA.
 | |  | | Le Reichstag © E. Boucher / ViaMichelin Le Reichstag | À deux minutes de la porte de Brandebourg, vous visiterez l'une des attractions les plus courues de Berlin, dès dix heures du matin, il y a plus d'une heure d'attente ! Il s'agit du Reichstag, entièrement rénové par Sir Norman Foster (l'architecte du viaduc de Millau), qui a surmonté le siège du Parlement allemand d'une coupole de verre à laquelle on accède par une rampe en spirale. D'Est en Ouest, la vue est magnifique. | |  | |  | © G. Rouzeau / ViaMichelin Façade Jugendstil | Friedrichstrasse
Au premier grand carrefour, engouffrez-vous sur votre droite dans la Friedrichstrasse, qui est devenue la grande artère commerçante du quartier de Mitte, le centre historique. À la Belle Époque, cafés, restaurants, hôtels, cabarets et théâtres attiraient ici toutes les classes sociales. Cette belle mixité s'est éteinte sous le nazisme tandis que les combats de rue détruisaient l'artère en 1945. Néanmoins, du 165 au 167, trois belles façades Jugendstil ont survécu ; l'une d'elles, en grès rouge de 1899, vaut vraiment le coup d'œil. Laissez-vous ensuite aspirer par le flux des touristes et des Berlinois pressés qui vont faire du shopping au Quartier 207, l'immeuble en verre des Galeries Lafayette conçu par Jean Nouvel, au Quartier 206 dont les nombreux décrochements de façade ont été dessinés par Ieoh Ming Pei, ou au Quartier 205 bâti par OM Ungers, collectif basé à Cologne. C'est brillant, chic et choc, mais on n'en sort pas bouleversé. Une hôtesse d'accueil nous invite à revenir la nuit quand les jeux de lumières transfigurent les façades.
 | |  | | Checkpoint Charlie © G. Rouzeau / ViaMichelin Checkpoint Charlie | Au bout de la perspective formée par la Friedrichstrasse rectiligne, on aperçoit une petite baraque blanche construite au beau milieu de la rue : il s'agit de la reconstitution de Checkpoint Charlie, le seul point de passage (avec la gare de Friedrichstrasse) entre les deux parties de Berlin. Un faux soldat américain prend la pose pour les photographes quand une touriste italienne vient se pâmer dans ses bras. Ainsi va l'Histoire, du tragique à la farce... Néanmoins, visitez le Mauermuseum Haus am Checkpoint Charlie, un petit musée privé d'origine associative, qui regroupe un bric-à-brac de documents édifiants, notamment sur les moyens rocambolesques pour fuir à l'Ouest : vous ne le regretterez pas. Il permet de comprendre à quel point le Mur a conditionné tragiquement la vie des habitants de Berlin. Cette frontière funeste fit une dernière victime, un jeune homme nommé Chris Gueffroy, le 6 février 1989. | |  | |  | © G. Rouzeau / ViaMichelin Schauspielhaus | Gendarmenmarkt Vous serez sans doute content de retrouver plus de sérénité et moins de mercantilisme sur la Gendarmenmarkt, qui est sans conteste l'une des plus belles places de Berlin. Créée de toutes pièces par le Grand Électeur Frédéric-Guillaume, la place comprend deux églises jumelles, le Französischer Dom (l'église française) et le Deutscher Dom (l'église allemande), qui encadrent le magnifique Schauspielhaus (théâtre) construit en 1820 par Schinkel. Les huguenots français, chassés par la révocation de l'édit de Nantes, furent les premiers à s'installer dans le quartier. Leur influence n'a pas été négligeable puisqu'ils ont apporté avec eux de nouveaux métiers, de nouvelles danses et même de nouveaux fruits et légumes ! C'est vraiment l'endroit idéal pour une pause déjeuner, un café ou une sieste dans une chaise longue à l'ombre des arbres. La place comporte même l'un de ces superbes urinoirs début de siècle fraîchement repeint aux ferronneries chantournées. © G. Rouzeau / ViaMichelin Alte Bibliothek | Forum Fridericianum
De retour sur Unter den Linden, la Bebelplatz est le centre du Forum Fridericianum, le grand projet urbanistique de Frédéric II à Berlin qui prévoyait un opéra, un nouveau palais et une Académie des Beaux-Arts. Seul le Staatsoper Unter den Linden (opéra national) fut réalisé selon les plans du souverain. Cet édifice élégant, doté d'un portique corinthien, a été réalisé entre 1741 et 1743 par l'architecte Knobelsdorff : il constitue le premier exemple (1741-1743) d'une salle de concert indépendante, détachée d'une demeure princière. Ouverte à tous, la cafétéria permet de profiter des somptueuses boiseries et d'adresser - qui sait ? - la parole à Daniel Barenboïm, le directeur de l'opéra.
Autour de la place, l'Alte bibliothek occupe l'emplacement prévu pour l'Académie : son profil incurvé lui vaut le surnom de "commode" chez les Berlinois. Quant à la St-Hedwigs-Kathedrale, dont le plan s'inspire du Panthéon de Rome, elle fut dédiée à la communauté catholique. Le 11 mai 1933, la Bebelplatz fut le théâtre de l'autodafé nazi au cours duquel 20 000 livres "non allemands" furent brûlés. Un mémorial figurant une bibliothèque enterrée aux rayonnages vides immortalise cet épisode de sinistre mémoire.
Il faut maintenant traverser Unter den Linden sans tomber dans une tranchée de travaux pour admirer le Zeughaus (Arsenal), le plus beau monument baroque de Berlin, à la livrée rose pâle, très italienne. On y présente en temps normal les collections du Deutsches Historisches Museum actuellement en rénovation. On y vient aussi pour admirer les aménagements modernistes de l'architecte I.M. Pei dont l'annexe - une colonne de verre spiralée - vaut absolument le détour. Le bâtiment abrite également un grand café avec une terrasse très agréable sur le bord de la Spree, où l'on peut grignoter sur le pouce à toute heure.
© G. Rouzeau / ViaMichelin Alte Nationalgalerie | Museumsinsel
Encore debout ? Il faut l'espérer car nous abordons un morceau de taille avec la découverte de la Museumsinsel (l'île des Musées). Pour refléter la grandeur et la puissance du jeune Empire allemand, toute une série de bâtiments d'inspiration néoclassique furent construits au 19e s. sur cette île au milieu de la Spree. Avant la guerre, l'ensemble formait en toute modestie l'une des collections les plus riches du monde. Hitler, peintre raté allergique au talent, opéra des coupes claires dans plusieurs collections de peintres allemands contemporains avant que les bombardements ne prélèvent également un lourd tribut. Malgré cela, vous devez vous attendre à l'un des plus grands chocs de votre vie d'amateur d'art au Pergamonmuseum (musée de Pergame) qui présente l'Antiquité grandeur nature. En effet, l'Autel de Pergame (une ville grecque en Asie mineure) et la porte du marché de Milet (comptoir romain) sont reconstitués en taille réelle dans des salles monumentales! Hollywood et Brad Pitt peuvent bien aller se rhabiller, aucun trucage numérique ne vaudra jamais la majesté de l'art antique quand il atteint un tel degré de monumentalité. Le reste des collections est à l'avenant (notamment la porte babylonienne d'Ishtar) et le musée abrite également le musée des Antiquités Proche-Orientales et celles, somptueuses, du musée d'Art islamique. Si vous le pouvez (ces visites sont terriblement "chronophages"), il faut compléter l'exploration de l'île des musées avec l'Altes Museum (Vieux Musée), l'Alte Nationalgalerie (où se tient une rétrospective Goya) et enfin le Bodemuseum (musée Bode). Épuisé, on parvient sur les genoux au Berliner Dom (cathédrale) pour souffler face à l'exubérante décoration intérieure et se recueillir dans la crypte des Hohenzollern.
© G. Rouzeau / ViaMichelin Potsdamer Platz | Potsdamer Platz : le nouveau Berlin
Une série de gratte-ciel décoiffants se concentre aujourd'hui sur cette place restée plongée dans le néant à l'ombre du Mur pendant un demi-siècle de Guerre froide. Dans l'Entre-deux-guerres, c'était le carrefour le plus embouteillé d'Europe, au point qu'on y installa les premiers feux de signalisation du vieux continent. Elle joue maintenant le rôle de vitrine futuriste de l'Allemagne réunifiée, et la plupart des entreprises y implantent leur siège. Organisé autour du business, du shopping et de l'entertainment à l'anglo-saxonne, le plan directeur d'ensemble a été confié à Renzo Piano. Trois ensembles distincts se partagent l'espace.
Le DaimlerCity (1998) est le fruit de la collaboration entre Renzo Piano lui-même (l'un des architectes du Centre Pompidou à Paris), Rafael Moneo (auquel on doit le Kursaal de San Sebastián) et Arata Isozaki. L'ensemble intègre la DaimlerChrylser Contemporary, une galerie d'art abstrait, une pièce d'eau, un vaste centre commercial et le Weinhaus Huth (1912), seul bâtiment d'origine ayant survécu !
Conçu par Helmut Jahn (l'auteur du City Spire de New York), architecte américain d'origine allemande, le Sony Center, siège européen de la célèbre firme, est la plus spectaculaire des nouvelles réalisations : une place circulaire, cernée d'immeubles transparents, et recouverte par une gigantesque toiture de verre et de toiles tendues par des poutrelles métalliques disposées en forme de roues de vélo. Restaurants, magasins, Filmmuseum (cinéma multiplexe) et cafés aux vastes terrasses attirent une foule nombreuse.
Le dernier projet, le Beisheim Center, n'est pas encore terminé. Une amie berlinoise nous assure que le quartier, boudé par les Berlinois qui le trouvent un peu froid, commence à s'animer le soir.
© G. Rouzeau / ViaMichelin Jüdisches Museum | Le Berlin juif
L'explosion architecturale de Berlin se caractérise aussi par la floraison d'édifices dédiés à la communauté juive et à son histoire. La Neue Synagoge Berlin-Centrum Judaicum (Nouvelle synagogue) a été inaugurée il y a dix ans avec une façade restaurée et une splendide coupole dorée à l'or fin. Centre d'étude et lieu d'exposition permanente sur le rôle des Juifs berlinois, le reste du bâtiment a été restauré a minima : des espaces vacants suggèrent que ce qui a été détruit l'est pour toujours.
En 2003, l'architecte Daniel Libeskind (choisi pour reconstruire le World Trade Center) a livré les clefs du Jüdisches Museum, aussitôt surnommé Blitz (l'éclair) par les Berlinois. Éclair mais aussi zigzag ou encore cicatrice, ce long bâtiment recouvert de zinc et balafré de meurtrières relève de l'architecture expressionniste et se donne à lire comme une métaphore de l'histoire déchirante du peuple juif.
Enfin, le 10 mai dernier, entre la porte de Brandebourg et la PotsdamerPlatz, à quelques dizaines de mètres du bunker personnel d'Hitler, a été inauguré, après 15 années de longues délibérations, le Mémorial de la Shoah. C'est la première fois qu'une nation reconnaît le plus grand de ses crimes par un monument en plein centre de sa capitale. Peter Eisenman a disposé 2711 stèles de béton anthracite à travers lesquelles on circule librement, de jour comme de nuit. Même si l'architecte refuse la comparaison avec un cimetière, celle-ci vient pourtant forcément à l'esprit...
 |