 | Par G. Rouzeau
| À deux pas de la Grand-Place, le quartier Antoine Dansaert revient de loin : il n'y a pas si longtemps que ça, personne ou presque n'aurait osé s'aventurer dans ces rues malfamées. Aujourd'hui, c'est l'un des coins les plus animés de Bruxelles, notamment autour de la place Saint-Géry, berceau historique de la ville. |    | |  | © G. Rouzeau / ViaMichelin La terrasse du Lion d'Or donne sur une splendide cour intérieure.
 | Il y a dix ans, aucun Bruxellois n'aurait misé un franc belge sur ce quartier en pleine déliquescence surnommé "Chicago" parce qu'on s'y livrait à toutes sortes de trafics. Les grands immeubles d'inspiration haussmannienne étaient vides, et les loyers dérisoires. Aujourd'hui, les commissaires européens se disputent les derniers lofts de ce quartier situé entre la Bourse, le canal Bruxelles-Charleroi et le Béguinage. Comme dans le quartier du Marais à Paris, ce sont les gays et les artistes, toujours à la recherche de nouveaux lieux pour créer et exposer, qui se sont entichés de cette commune dont la rue Antoine Dansaert forme l'épine dorsale. Les créateurs de tout poil ont suivi, designers et bijoutiers, couturiers et accessoiristes, venus d'Anvers et d'ailleurs. La population de ce village est composée désormais de vieux Bruxellois et d'eurocrates, d'artistes cosmopolites, de bohèmes et de jeunes immigrés venus s'amuser dans les nombreux bars du coin. Ce n'est pas à proprement parler un quartier "touristique", le patrimoine architectural de qualité y étant rare, mais un excellent lieu de flânerie et de shopping le jour et de sortie la nuit. |    | Les amateurs d'histoire et de vieilles pierres ne seront pourtant pas complètement en reste car le berceau de la ville se trouve place Saint-Géry, à deux pas de la rue Antoine Dansaert. En effet, c'est là qu'en 979, Charles de France, duc de Basse-Lotharingie, établit un premier castrum sur une île de la Senne. Mais cette rivière qui a coulé à Bruxelles pendant des siècles n'a pas résisté aux grands travaux hygiénistes du 19e s. Après la terrible épidémie de choléra de 1866, le futur Léopold II, alors duc de Brabant, décida, en grand admirateur des travaux d'Haussmann, d'assainir le berceau historique de Bruxelles. La Senne fut alors voûtée (enterrée sous une voûte) et les ruelles moyenâgeuses, qui faisaient de Bruxelles une ville semblable à Bruges, rectifiées. Pour retrouver néanmoins un peu de cette mémoire médiévale, franchissez le passage Porcher situé à gauche du Lion d'Or, un estaminet qui daterait de 1622. Au fond d'une belle cour d'où l'on aperçoit l'église des Riches-Claires, on a reconstitué un lavoir et le voûtement de la Senne - la rivière ayant été définitivement détournée vers le canal Bruxelles-Charleroi dans les années 1920. |     | | © G. Rouzeau / ViaMichelin À l'intérieur des halles Saint-Géry, exposition sur l'urbanisme bruxellois et concerts de salsa...
 | La place Saint-Géry a joué de tous temps le rôle de marché central. En témoignent les belles halles construites en 1881 à la place d'une église rasée par les révolutionnaires français. Combinaison de style néo-Renaissance flamand et de matériaux nouveaux à l'époque (comme le fer et le verre), ces halles valent vraiment le coup d'oeil, surtout après leur magnifique restauration de 1991. À l'intérieur trône une fontaine pyramidale récupérée dans l'ancienne abbaye de Grimbergen. Au premier étage, vous trouverez une exposition permanente sur l'évolution urbaine de Bruxelles du 17e s. à nos jours et, au sous-sol, des expositions temporaires et des concerts de salsa. En sortant, vous pourrez prendre un verre dans l'un des trois cafés qui ont largement contribué à la renaissance du quartier Antoine Dansaert : la taverne Mappa Mundo, le Zébra et le Roi des Belges, relookés et stylisés par leur propriétaire avant-gardiste, Frédéric Nicolay. Le Roi des Belges offre une agréable terrasse : on y déguste sa bière de l'après-midi entouré d'artistes, de chorégraphes ou autres danseurs.
Derrière les halles Saint-Géry, la rue des Chartreux conserve à la hauteur du n°42 quelques vestiges de la première enceinte médiévale. Juste à côté, l'horloger Maurice Demarteau est l'une des figures de ce quartier. Si vous voulez remettre en état de marche la vieille montre de votre grand-père, c'est le moment. En face, le musée de la publicité a choisi une belle maison du 17e s. pour présenter ses collections interactives. Cette rue pleine de charme - où les façades restaurées avec goût abondent - abrite aussi une adresse mythique, le Greenwich (n°7), un superbe bar au décor Art nouveau où les joueurs d'échecs se réunissent. René Magritte y avait ses habitudes. Au bout, sur la place du Jardin aux fleurs, une autre institution, gastronomique celle-là, vous attend : le plus vieil estaminet de la ville (ou réputé tel), In't Spinnekopke ("À la petite araignée"), sert de la cuisine bruxelloise traditionnelle. Vous trouverez aussi de quoi faire des emplettes design, à l'Espace Bizarre (n°19) qui présente un choix d'objets éclectiques et de qualité, ou chez le spécialiste italien du plastique, Kartell (au n°2 de la rue Antoine Dansaert). |    | Point de vestige médiéval dans la rue Antoine Dansaert, mais des restos branchés, des boutiques de vêtements, de bijoux et de design. Côté adresses de bouche, il y a de tout : du restaurant oriental (La Casbah) au restaurant à tapas basque (Comocomo), présentées sur un tapis roulant comme dans les bars à sushis, jusqu'au petit bistrot d'inspiration parisienne comme la Cigogne. Signe que le quartier entame encore un nouveau cycle, la plus ancienne boutique de vêtements - Via Della Spiga - vient de fermer ses portes. À deux pas de là, place du Nouveau Marché aux grains, Christophe Coppens, un créateur de chapeaux, vient quant à lui d'investir un ancien garage qu'il a transformé en show-room et en atelier ouvert au public. Mais la curiosité absolue et la doyenne des adresses demeure la boutique Sougné qui, depuis 60 ans, fabrique et vend des mouches aux mordus de pêche - le quartier Antoine Dansaert était aussi un quartier de pêcheurs...
À l'extrémité de la rue Dansaert qui s'arrête au bord du canal Bruxelles-Charleroi, face au quartier marocain de la Chaussée de Gand, les galeries alternatives - Archétype, la Lettre volée, les Filles du calvaire - se sont regroupées sous le nom de Kanal I. Le bar branché du coin, situé à l'angle de la rue Dansaert et de la rue de Flandres, est le Walvis (la baleine en flamand), entièrement décoré dans l'esprit de l'Exposition universelle de 1958 et dans celui du grand designer Jules van der Meeren.
Pour terminer la nuit sur une institution bruxelloise, rejoignez l'Archiduc. Ni la façade bleu-lavande, ni l'austère sonnette, ni les fenêtres en verre sablé ne doivent vous arrêter. Ce bar Art déco, ouvert en 1937 et qui a traversé toutes les époques, dégage une atmosphère unique, décontractée et électrique, branchée et pourtant accueillante : c'est un secret bruxellois. D'excellents cocktails, de bonnes bières* et du jazz live au fil de la nuit : rien d'étonnant si le chanteur Arno a élu domicile à côté du comptoir...
* L'abus d'alcool est dangereux pour la santé. Sur la route, il est interdit de conduire avec un taux d'alcool égal ou supérieur à 0,5 gramme par litre de sang, ce qui équivaut à deux verres. |  |  |  |