 |  | 15/10/03 |  | 25 km - Comptez une journée de marche |  |  | Par E. Tresmontant
| Soyez les premiers à emprunter ce circuit inédit qui sera inauguré le samedi 18 octobre ! La promenade Robert-Louis Stevenson reliant Barbizon à Grez-sur-Loing vous permettra de mettre vos pas dans ceux du grand écrivain écossais, pour qui la forêt de Fontainebleau fut une intense source d'émotions. |    | La naissance d'une vocation |   | En 1875, un jeune écrivain écossais à la santé fragile vient passer l'été à Barbizon. Ce petit hameau est déjà célèbre en Europe, car Jean-François Millet qui vient de mourir (1814-1875) et avant lui Théodore Rousseau (1812-1867) en ont fait le symbole par excellence de la peinture "sur le motif". De grands écrivains y ont séjourné (Balzac, Georges Sand, Flaubert) et une nouvelle génération de peintres, surnommés ironiquement "impressionnistes" par les critiques, s'est installée à proximité, à Chailly (ces artistes encore inconnus se nomment Monet, Renoir, Sisley, Pissaro...). Robert-Louis Stevenson, lui, n'est pas encore l'auteur de ces best-sellers du 19e s. que sont L'Île au trésor (1883) et Docteur Jekyll et Mr Hyde (1886). Il n'a pas encore parcouru les Cévennes avec un âne ni les îles du Pacifique à bord d'une goélette. Destiné au barreau, cet avocat en herbe mène, au désespoir de sa famille, une vie de bohème, comme s'il attendait un signe du destin. Or le déclic se produira justement ici, dans le mystère de la forêt de Fontainebleau ! Initié aux beautés du lieu par son cousin Bob, il ressentira l'appel de la littérature et rencontrera, à Barbizon, la peintre Fanny Osbourne, l'amour de sa vie. Comme l'écrit Jacques Meunier, propriétaire de la maison Jean-François Millet : "C'est ici que la passion voyageuse de Stevenson s'est éveillée. Cette première forêt, loin de l'Écosse, loin de sa condition d'avocat, l'a transformé en diseur d'hommes et d'horizons. Cette forêt avait un caractère initiatique..." |    | Quelques conseils pratiques |    | | © E. Tresmontant / ViaMichelin Vue sur le désert d'Apremont...
 | La promenade traverse toute la forêt du nord au sud en passant par quelques sites célèbres comme les gorges d'Apremont, les gorges de Franchard, le bois d'Hyver, les Ventes Alexandre et les pins brûlés. Elle ne présente pas de difficultés particulières mais nécessite une certaine endurance. Les amateurs d'escalade trouveront plusieurs opportunités. VTT et chevaux n'ont pas accès à l'intégralité du circuit, lequel est souvent ensablé. Pour effectuer la promenade Stevenson en automne dans son entier, l'idéal est encore d'arriver à Barbizon la veille et d'y passer la nuit (prévoir dans ce cas de venir à 2 voitures : un deuxième véhicule doit pouvoir vous récupérer au terme de votre balade à Grez-sur-Loing, situé à 20 km de Barbizon). Vous pourrez ainsi visiter le hameau sans vous presser, de l'auberge du Père Ganne où les artistes prenaient pension et qui est devenue le musée de l'École de Barbizon, à l'atelier Millet qui a été conservé en l'état. Pourquoi ne pas dîner et dormir à l'ancienne auberge Siron (actuellement Hôtellerie du Bas-Bréau) où logeait Stevenson et où le pot-au-feu mitonne sur une antique cuisinière ? Située au début de la rue principale, la Forêt des Arts est également une adresse incontournable. Vous y trouverez l'itinéraire précis de la promenade et une carte détaillée sans lesquels il est difficile de traverser la forêt sans se perdre (l'itinéraire n'est pas encore balisé). Rémy Marion, le patron du lieu, est un personnage qui, lorsqu'il n'est pas au pôle Nord en train de photographier des ours, s'attache à faire de Barbizon un site vivant et attractif. Sa petite maison d'édition, Pôles d'images, vient ainsi de publier un texte bilingue inédit de Stevenson, de 1875 : La forêt au trésor, illustré de photos d'époque et qui traduit l'enthousiasme de l'écrivain pour ce massif forestier. |    | Second conseil, partir le matin à la fraîche muni d'un bon pique-nique ! Le point de départ du circuit n'est pas encore clairement indiqué. Prenez donc la sortie de Barbizon à côté du restaurant La Dague et entrez dans le parking faisant face à l'allée aux Vaches qui mène à Fontainebleau. Vous êtes à proximité du monument de Millet et de Rousseau. Prendre alors le chemin de Bornage (après la barrière) qui longe de splendides villas. Cette partie de la forêt est particulièrement riche en champignons, en oiseaux et en gibiers. Arrivé au château d'eau, vous apercevrez sur un hêtre un pictogramme de Stevenson représentant le visage de l'écrivain : c'est le point de départ officiel de la promenade. Après avoir emprunté la route de la Perspective, nous vous conseillons de faire un petit crochet pour admirer l'un des sites singuliers de la forêt, le rocher des éléphants, un grès polis par la mer il y a plusieurs millions d'années et dont la forme évoque de façon spectaculaire celle du pachyderme. En reprenant la route de la Perspective, vous déboucherez plus loin sur une antique route pavée menant au Point de vue des Gorges d'Apremont, qui offre un beau panorama sur le vallon parsemé de blocs. |    | Grez-sur-Loing, petit bijou d'Île-de-France |   | |  | © E. Tresmontant / ViaMichelin Le vieux pont de pierre de Grez-sur-Loing fut, lui aussi, emballé par Christo avant le Pont-Neuf...
 | L'itinéraire se termine à Grez-sur-Loing. Vous y découvrirez un décor charmant qui semble n'avoir pas bougé depuis Balzac, Corot, Sisley et Stevenson. "Grez est situé hors de la forêt, sur les bords de la rivière étincelante" écrit Stevenson dans La forêt au trésor. C'est là, dans l'ancien Grès-en-Gâtinais, que l'écrivain venait rejoindre son ami Strindberg (1849-1912), le célèbre auteur dramatique suédois qui séjournait alors à l'hôtel Chevillon. Au début du 20e s., c'est le plus grand peintre impressionniste japonais qui s'installa à Grez, Seiki Kuroda, considéré dans son pays comme le précurseur de la peinture moderne de type occidental. Le compositeur anglais Delius, ami de Rodin, Ravel et Debussy, vécut également à Grez de 1899 à 1934. Toute l'année, on y pratique l'aviron et le canoë kayak sur la rivière qui s'écoule le long des jardins de la tour de Ganne. Ce gros donjon en ruine fut érigé en 1127 par Louis VI le Gros pour la défense de l'Île-de-France. Au bord des jardins, vous apercevrez un vieux lavoir magnifiquement conservé. Le vieux pont de pierre du 12e s., restauré 40 ans après avoir été en partie détruit en 1944, est le monument le plus remarquable du village avec ses dix arches qui ont inspiré d'innombrables tableaux. Avant d'emballer le Pont-Neuf à Paris en 1985, Christo est venu s'entraîner à Grez... |  |  |  |