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DESTINATION
 

Le haras de lipizzans du château de Piber

01/09/03
Par Georges Rouzeau

À l'ouest de Graz, le haras du château de Piber élève les lipizzans de l'École espagnole d'équitation de Vienne, la plus célèbre institution équestre au monde avec le Cadre Noir de Saumur. Une chance unique d'approcher cet animal mythique qui naît noir ou bais et devient blanc comme neige.




Le haras de Piber est l'un des sanctuaires du monde du cheval, le havre des lipizzans, ces splendides chevaux qui font la gloire de l'école viennoise d'équitation depuis des siècles. Créé en 1798 et destiné à l'élevage des chevaux militaires, Piber accueille ses premiers lipizzans en 1853. Le climat et le sol des montagnes méridionales de la Styrie, région vallonnée et verdoyante, leur rappellent le village natal de leurs ancêtres, Lipica en Slovénie (qui a donné le nom de lipizzan). C'est là, en 1580, dans ce massif situé au-dessus de Trieste, que l'archiduc Charles II décida de croiser le cheval du Karst, une race connue depuis des siècles pour son endurance et sa robustesse, avec le cheval andalou qui était à l'époque la crème des équidés en Europe. Le résultat est un bijou, petit par la taille (1,60 m en moyenne), grand par l'intelligence et, vous le verrez, étonnamment musclé et robuste.




Eh oui, vous avez bien lu, les jeunes lipizzans naissent noirs ou bais. Ce n'est qu'à l'âge de huit ans environ que l'animal adopte sa célèbre robe blanche. En vérité, la couleur blanche a été obtenue par croisements successifs au 19e s. sous l'influence de la mode anglaise. L'Angleterre, la "patrie des coloristes exaspérés" comme l'appelle Baudelaire, avait compris la première tout le parti chromatique que l'on pouvait tirer d'un cheval blanc courant sur fond de prairie verte ! Parmi une génération de jeunes mâles, il s'en trouve toujours un toutefois pour rester de couleur sombre. Considéré comme un porte-bonheur, il fera tout de même carrière sous les lambris dorés du manège d'hiver baroque construit par Johann Emmanuel Fischer von Erlach à Vienne.
Seuls les étalons, après sélection, sont destinés à l'apprentissage de l'art équestre. Ils passent leurs premiers six mois auprès de leur mère avant d'être sevrés. Et c'est sans doute la plus belle image que l'on rapporte de Piber - ce troupeau de juments blanches et de poulains bais et noirs tendrement enlacés... Avant d'apprendre à exécuter polka, quadrille et autre valse, nos poulains passent trois années à se dégourdir les sabots sur les gras pâturages de Piber. Après la fin de la saison des représentations à Vienne, les lipizzans reviennent passer l'été à Piber où, de l'aveu des palefreniers, ils sont traités comme des rois, broutant par ici, batifolant par là. À l'issue de leur carrière, les chevaux s'installent définitivement à Piber où leur longévité exceptionnelle - jusqu'à 38 ans - leur assure une douce retraite, loin des feux de la rampe.




© G. Rouzeau / ViaMichelin
Une femelle lipizzan

Depuis plusieurs siècles, quasiment toutes les têtes couronnées du vaste et défunt empire austro-hongrois se sont penchées amoureusement sur le berceau de ces chevaux. Y compris Napoléon dont on s'abstiendra de prononcer le nom dans les parages de Piber... Grand amateur de nobles montures, notre empereur a tenté par trois fois sans succès de mettre la main sur ce précieux butin. Lors de la dernière tentative, en 1809, les lipizzans connurent trois semaines d'errance vers la Hongrie, fuite éperdue au cours de laquelle le quart des juments mit au monde des poulains morts...
On préférera donc pour finir évoquer le souvenir du général américain Patton qui, avant même la fin de la Seconde Guerre mondiale, prit contact avec les Allemands pour que ces chevaux mythiques fussent mis à l'abri. Féru de mythologie grecque où Pégase occupe la place que l'on sait, cet ancien officier de cavalerie diplômé de West Point avait participé en 1912 aux jeux Olympiques de Stockholm sur un lipizzan dont il avait gardé le meilleur souvenir...



 

Informations pratiques

Spanische Hofreitschule (château de Piber)
Bundesgestüt Piber 8580 Köflach, Piber 1
Tél. : (0043) 3144 3323.
www.piber.com (en allemand)
Une grande exposition sur le cheval (en allemand, anglais et italien) Mythos Pferd - Zauber der Lipizzaner (Le mythe cheval - la magie des Lippizans), très riche et didactique (comptez 2h), se tient dans les salles du château de Piber jusqu'au 26 oct. 2003. Possibilité de visite du haras avec présentation du travail effectué avec les lipizzans.
www.mythospferd.at

Spanische Hofreitschule Wien (École espagnole de Vienne)
Michaelerplatz 1, A-1010 Vienna
Tél. : (0043) 1533 9031.
www.srs.at/ (en allemand et anglais)