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DESTINATION
 

Premiers pas en Dalmatie

01/07/03
Par E.Tresmontant

À deux heures d'avion de Paris, Split est un point de départ idéal pour partir à la découverte de la côte dalmate et de ses îles magnifiques. Prenez toutefois une journée pour admirer deux sites inscrits au patrimoine mondial de l'Unesco : le palais de Dioclétien et la ville médiévale de Trogir.



© E.Tresmontant / ViaMichelin
La côte dalmate, une autre Méditerranée !


Un carrefour de civilisations, entre Orient et Occident

Pour accéder aux 1780 km de la côte dalmate et à ses 600 îles, à ses criques sauvages et à ses palais Renaissance, il vous faudra passer par Split, dont les ferries et les catamarans desservent tout le littoral. Toutefois, plus qu'une escale obligée, la deuxième ville croate après Zagreb vous donnera un premier sentiment de ce qu'est la Croatie : un pays jeune qui, depuis son rapprochement avec l'Union européenne en 2000, a fait le pari de l'ouverture au monde ; un ensemble fabuleux de paysages et de sites historiques ; un fascinant carrefour de cultures et d'influences diverses, Grecs, Romains, Slaves, Vénitiens, Autrichiens et même Français ayant façonné le pays.*
Le premier contact avec Split en sortant de l'aéroport peut s'avérer décevant, avec ses barres d'immeubles et sa zone industrielle. De surcroît, le jour de notre arrivé, le stade du célèbre club de football Hajduk était en effervescence car Split recevait l'équipe de Zagreb, l'éternelle rivale... Mais rassurez-vous, sitôt arrivé face à la mer, le dépaysement est au rendez-vous ! La première chose à faire est d'aller flâner sur le quai ensoleillé appelé Obala. Cette agréable promenade bordée de palmiers conduit au port de transit. De vastes terrasses vous permettront de vous imprégner de l'ambiance et de déguster quelques spécialités héritées de l'empire austro-hongrois, comme le café à la crème chantilly. Mais le plus beau est à venir...




Le palais de Dioclétien, un musée vivant


Split doit sa notoriété à un palais gigantesque édifié par l'empereur romain Dioclétien (245-313).** Cette forteresse de 40 000 m2 est l'unique palais de l'Antiquité tardive dont les murs tiennent encore debout. Construit de 295 à 305, il bénéficia de tout le luxe possible à l'époque : pierre blanche de l'île de Brac, marbre d'Italie et de Grèce, colonnes corinthiennes, sphinx en granit noir d'Égypte. En flânant le long de la promenade, vous passerez devant la façade sud du palais qui fait face à la mer. Empruntant la porte dite "maritime" (du temps de Dioclétien, les remparts donnaient directement sur la mer et l'on entrait en bateau), vous pénétrerez alors dans les immenses appartements de Dioclétien, des salles fraîches et voûtées actuellement occupées par des fleuristes et autres "marchands du temple". Au bout du corridor, un escalier vous mènera ensuite au péristyle. Cette cour à ciel ouvert entourée de colonnades était le centre névralgique du palais. Dioclétien y apparaissait du haut d'une tribune pour recevoir l'hommage de ses fidèles. Adoré comme fils de Jupiter, Dioclétien se fit ériger à l'est du péristyle un mausolée. Celui-ci, ironie de l'histoire pour un empereur qui s'était appliqué à éradiquer la "secte chrétienne" (formule du philosophe romain Celse), sera transformé plus tard en cathédrale par l'archevêque Jean de Ravenne (en 650). Remarquez la magnifique porte sculptée en 1214 dans du châtaignier : ses 28 panneaux encadrés de motifs végétaux illustrent la vie du Christ.
Mais l'essentiel n'est-il pas ailleurs ? En parcourant les allées du palais, le visiteur éprouve en effet un trouble : il s'attendait à visiter un musée et le voilà immergé dans un quartier vivant et populaire ! Le linge pend aux fenêtres, les odeurs de cuisine flottent au-dessus des statues grecques... Ici, le palais est dans la ville, et la ville dans le palais ! Lorsque la cité voisine de Salona fut détruite en 615 par les barbares, ses habitants vinrent trouver refuge dans l'enceinte du palais de Dioclétien. Au fil des siècles, la résidence impériale se transforma en bourg populaire. Aujourd'hui, elle abrite 3000 habitants, des boutiques, l'Office du tourisme et le café le plus branché de la ville, le Louxor (situé en face du sphinx).




Les ruines de Salona, le principal site archéologique de Croatie


© E.Tresmontant / ViaMichelin
Le péristyle du palais de Dioclétien

À la fraîche le matin ou le soir au soleil couchant, les ruines de Salona (à 7 km au nord-est de Split) sont un endroit propice à la méditation sur le temps qui passe... Surtout, pour les passionnés d'histoire romaine, il s'agit du plus important site archéologique de Croatie. Comme pour le palais de Dioclétien, le charme du lieu tient en grande partie au fait que les ruines ne sont pas livrées à elles-mêmes mais traversées par des jardins potagers, des vignes, des cours de fermes... En grattant avec le bout du pied, vous tomberez peut-être sur une pièce de monnaie à l'effigie de Dioclétien ou sur un fragment d'amphore... Salona (Solin aujourd'hui) était en effet au début de notre ère la capitale de la province romaine de Dalmatie. Ville natale de Dioclétien, elle comptait sous son règne 60 000 habitants, possédait des thermes, un aqueduc, un théâtre et un immense amphithéâtre à trois étages pouvant accueillir 18 000 spectateurs. Salona fut aussi un important lieu de rendez-vous et de prière pour les premiers chrétiens aux alentours de 250.
Frane Bulic (1846-1934), prêtre et directeur du musée archéologique de Split, fut l'artisan passionné de la redécouverte et de la restauration de ce site. Il y organisa en 1895 le premier congrès mondial d'archéologie. Un musée lui est consacré, situé dans une maison qu'il bâtit lui-même en employant les matériaux et les techniques des Romains.




Trogir, la rivale de Venise


Situé à 28 km de Split sur un îlot, entre la côte et l'île de Ciovo, Trogir est cerné par la mer. Après les fastes de l'antiquité romaine, la visite de ce petit bijou dalmate très prisé des cinéastes vous propulsera en plein 13e s., époque où la ville connut son apogée culturelle et économique. Au premier abord, Trogir est un lacis de ruelles médiévales protégé des voitures par des remparts. Vu de prêt, son architecture romane et Renaissance lui valent d'être classé au patrimoine mondial de l'Unesco depuis 1997. La ville ne cessa pas en effet de produire quantité d'artistes capables de tenir la dragée haute aux Vénitiens. La cathédrale Saint-Laurent (13e s.), notamment, est l'un des édifices majeurs de Croatie. Son portail, sculpté en 1240 par le Croate Radovan, est un chef-d'oeuvre de l'art roman. Encadré par deux lions symbolisant la suprématie de Venise sur la Dalmatie, il présente aussi, avec Adam et Eve, les premiers nus de la sculpture dalmate. En 1409, la République vénitienne acheta la Dalmatie mais dut batailler dur pour obtenir la soumission de Trogir... Le long du front de mer, la forteresse de Kamerlengo fut bâtie au 16e s. pour conserver l'or des Vénitiens. Un bateau était toujours prêt à partir avec ce trésor en cas d'invasion des Turcs.
Pour vous baigner, préférez aux plages de Trogir (surpeuplées) celles de Drvenik Mali et de Drvenik Veli, accessibles en bateau. Ces deux îles plantées d'oliviers sont paradisiaques ; la première possède une plage de sable, ce qui est rare dans la région.

* Napoléon unifia et administra l'ensemble de l'espace croate de 1798 à 1815. Il semble qu'il n'ait pas laissé un trop mauvais souvenir...
** Personnage singulier, Dioclétien était un Dalmate de modeste origine qui réussit une ascension sociale fulgurante. Après une brillante carrière dans la légion, il fut proclamé empereur par ses soldats en 284. Il mena des campagnes victorieuses aux confins de son empire et inventa le système de la tétrarchie qui divisait l'empire romain en empire d'Orient et d'Occident. La fin de son règne constitue un moment charnière pour l'histoire du monde puisqu'il ordonna, dix ans durant, la pire persécution que les chrétiens eurent à subir. Or le successeur immédiat de Dioclétien, Constantin le Grand, fut à l'origine du christianisme comme religion d'État. Au sommet de sa puissance, Dioclétien abdiqua de son propre chef (fait sans équivalent dans l'histoire romaine) et se retira en son palais de Dalmatie.



 
Split
Palais de Dioclétien
Salona
Palais Dioclétien
Salona
Trogir
Trogir
Trogir

Informations pratiques

Office de tourisme de Croatie
48 av. Victor-Hugo 75016 Paris
Tél. : 01 45 00 99 55
www.ot-croatie.com

Office de tourisme de Split
Pour appeler de France, faire le 00-385, suivi de l'indicatif régional sans le 0
Tél. : 00 385 (0) 21 355 088
www.visitsplit.com

Office de tourisme de Trogir

Tél. : 00 385 (0) 21 881 412

Les ruines de Salona sont facilement accessibles de Split par le bus 1. Y aller de préférence le matin à cause de la chaleur. Prendre ensuite le bus 37 en direction de Trogir ; l'arrêt se situe sous l'amphithéâtre. Plus simple, l'Office de tourisme de Split organise également des visites guidées d'une journée de Salona et Trogir. Un conseil, demandez Ivana Antoncic, une jeune guide qui parle un français impeccable.