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DESTINATION

 

Saint-Émilion, la pierre précieuse du bordelais

01/04/03
Par E. Tresmontant

Château Cheval Blanc, château Ausone, château Figeac, château Pavie... Le village de Saint-Émilion doit bien sûr beaucoup à ces vins de légende riches et parfumés qui, chaque année, attirent par la grâce de leurs seuls noms un million de visiteurs... Mais la cité médiévale, classée depuis 1999 au patrimoine mondial de l'humanité, doit aussi être parcourue pour sa beauté et sa richesse historique.




Un panorama d'exception


Surplombant la Dordogne du haut de son monticule rocheux, à 8 km de Libourne, Saint-Émilion surveille le vaste vignoble qui l'entoure de toutes parts. Il n'est pas de meilleur point de vue pour saisir la beauté du relief que celui qui s'offre au regard de la tour du Roy, dernier vestige d'un château du 13e s. Ce donjon est d'ailleurs le lieu traditionnel de la proclamation des vendanges, le 3e dimanche de septembre, par la jurade de Saint-Émilion, une confrérie fondée en 1199*. De là, tout le village se découvre, avec ses maisons blondes aux toits de tuiles vieux rose, ses ruelles pentues et sinueuses et, au-delà, la campagne parsemée de châteaux prestigieux.




70 hectares de galeries souterraines !


C'est ici, dans une grotte où coulait une source, que l'ermite breton Émilion vint trouver refuge au 8e s. À sa mort, les moines bénédictins lui vouèrent un culte et s'appliquèrent à construire un monastère. Ils creusèrent des catacombes autour de la grotte taillée en croix par le saint**. Peu à peu, une cité prospère vit le jour, bâtie avec les pierres extraites de 700 000 mètres carrés de galeries souterraines. La plupart de ces galeries, qui font de Saint-Émilion un vrai gruyère, sont aujourd'hui dédiées à l'élevage et à la garde des vins.




La plus grande église troglodytique d'Europe


© E. Tresmontant / ViaMichelin
L'église troglodytique de Saint-Émilion est la plus importante d'Europe.

Avant d'être dans le vin, l'âme de Saint-Émilion est dans son église, car c'est autour d'elle que s'agrégea le village. Creusée du 8e au 12e s. par plusieurs générations de moines, cette église qui tient dans un rocher unique (d'où le nom "d'église monolithe") est la plus importante d'Europe avec ses trois immenses nefs, son tympan roman et son haut clocher. D'énormes travaux de restauration ont dû être mis en oeuvre à partir de 1995 pour sauver de l'effondrement ce monument, classé par l'UNESCO parmi les 100 édifices les plus menacés du monde (aux côtés notamment du Taj Mahal en Inde, de la Domus Aurea à Rome et du jardin royal de Budapest). En franchissant l'entrée, ornée d'un Jugement dernier et d'une Résurrection des morts, vous éprouverez le sentiment étrange d'entrer dans un lieu intemporel, massif, brut, sans fioriture. Là, au coeur de la roche, alors qu'un mince filet d'eau s'écoule au fond de la grotte, le christianisme des moines bénédictins semble avoir renoué avec on ne sait quel culte de la Terre Mère.
Cette ambiguïté est d'ailleurs inhérente au destin de Saint-Émilion où l'Esprit et la chair, la spiritualité et la sensualité ont toujours fait bon ménage. Le principal restaurant du village n'est-il pas situé... sur le toit de l'église ? Assis près du clocher, à quelques mètres de la grotte primitive, vous pourrez ainsi déguster une lamproie au vin rouge (voir notre article), la recette locale par excellence !




Vingt-deux siècles de vie quotidienne au musée de la poterie


Saint-Émilion, avant d'être envahi l'été par les cars de touristes, est un village qui fleure bon la "douce France"... Le printemps venu, il faut monter et descendre ses ruelles pavées et fleuries, humer les odeurs de fûts qui émanent des caves, traquer les vestiges du Moyen Âge qui ornent les vieilles demeures. Au bas du village, vous tomberez sur un lieu étonnant : le musée de la poterie populaire, qui se déploie dans les plus anciennes carrières de la cité. Pour le visiter, vous traverserez d'abord un jardin où sont exposées les sculptures en céramique de Michel Wolhfahrt : ses créatures pétries dans la terre de Saint-Émilion ne vous laisseront pas indifférents ! Dirigé par le très érudit Alain Querre, le musée de la poterie rassemble des centaines de pièces rares, de l'âge de bronze au 19e s. Cruches à huile, à eau et à vin, pichets, chaufferettes, saloirs, vinaigriers, marmites à cuire le cochon, vaisselle paysanne parodiant les nobles et les prêtres de l'Ancien Régime... Tous ces objets de fer et de terre nous racontent la vie quotidienne des Aquitains sur vingt-deux siècles. À ne pas manquer : les gravures de terre cuite qui nous content, à la façon d'une vraie bande dessinée, les événements politiques vus par les troubadours du Moyen Âge.




Les macarons de Saint-Émilion


Ah, les macarons de Saint-Émilion ! Rien de tel pour terminer en beauté votre périple. Trempés dans du vin rouge ou du champagne à l'apéritif, ou servis avec le café, ces petites merveilles moelleuses et délicatement croustillantes existent depuis 1620, date de leur invention par les religieuses de la ville. La recette, très minutieuse, fut recueillie après la Révolution, puis notifiée par une certaine veuve Goudichaud, avant de tomber plus ou moins dans l'oubli.
En 1930, la famille Blanchez, fouinant dans un grenier, retrouva par hasard la recette... qu'elle s'empressa de mettre dans un coffre-fort ! Si vous découvrez Madame Blanchez derrière ses fourneaux, en train de trier ses amandes, sûr, elle vous racontera l'histoire de sa famille ! "Je suis la troisième à avoir repris le flambeau, il y a 38 ans mon bon monsieur ! Mais c'est du travail ! Je me lève à cinq heures tous les matins pour préparer les fournées. Nous sommes trois femmes à travailler dans la boutique. C'est normal, les messieurs n'y connaissent rien !" Madame Blanchez ? Plus qu'une institution, ici, à Saint-Émilion, tout le monde l'aime ! Et comme vous ne trouverez ses macarons nulle part ailleurs...

* La jurade tire son nom des conseillers municipaux qui la composaient, appelés jurats (du latin juratus, qui a juré) dans l'ancien duché d'Aquitaine. La jurade a disparu à la Révolution en tant qu'organisation politique, mais a été reconstituée en 1948 pour contribuer à la renommée des vins de Saint-Émilion. La célébration des vendanges attire chaque année des milliers de personnes. Elle est suivie de banquets qui se déroulent dans la salle des Dominicains du syndicat vinicole.
** Laquelle fait encore l'objet de pèlerinages On attribue au fauteuil en pierre du saint des pouvoirs thaumaturges...


Informations pratiques

Office de tourisme
Place des Créneaux. Tél. : 05 57 55 28 28
www.saint-emilion-tourisme.com

Église monolithe

Ouv. jusqu'en oct. 9h30-12h30, 13h45-18h30
Pour les visites guidées, se renseigner auprès de l'Office de tourisme.

Musée de la poterie populaire
21, rue André Loiseau. Tél. : 05 57 24 60 93
Ouv. tlj 10h-19h.

Madame Blanchez

9 r. Guadet. Tél. : 05 57 24 72 33


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