 |  |  |  |  | DESTINATION | |  | | Imprimer | | Le Panier, une balade dans le vieux Marseille | |  |  | Par G. Rouzeau | Construit sur l'emplacement de l'antique Massalia grecque, le Panier est un quartier méditerranéen typique aux façades colorées. Refuge historique des marins et de générations d'immigrants, le Panier est un havre de paix demeuré populaire. En son centre brille un joyau du baroque français, la Vieille Charité... |    | |  | © G. Rouzeau / ViaMichelin La réhabilitation du Panier a commencé il y a tout juste 20 ans avec la Vieille Charité.
 |   | Le Panier devient un quartier populaire lorsque la bourgeoisie marseillaise, au 17e s., décide de le quitter pour s'installer dans les nouveaux quartiers conçus par Colbert à l'est. Au 19e s., en pleine révolution commerciale et industrielle, il acquiert progressivement sa « mauvaise réputation ». Cette « butte surpeuplée et mal entretenue », comme la surnomme les édiles, est considérée comme un obstacle au développement et à la modernisation de la ville. Cet excès d'opprobre n'empêche pas ce village de développer son propre mode de vie lié à une population vivant en grande partie de la mer - pêcheurs, navigateurs, plaisanciers. Village haut perché (on « monte au Panier »), il attire les Napolitains à la fin du 19e s., puis les Corses après la Première Guerre mondiale. Une partie du quartier est dynamitée par les Allemands en février 1943, à l'exception des bâtiments de prestige. Qu'à cela ne tienne, les habitants tireront parti du moindre bout de terrain pour reconstruire leurs maisons tout en hauteur. Aujourd'hui, on ne compte plus les pays - du Maghreb aux Comores en passant par le Viêt Nam - qui apportent leur touche de couleur à la mosaïque culturelle du Panier. Assis sur une chaise, les anciens continuent de deviser sous le soleil tandis qu'une marmaille dissipée s'interpelle avé l'accent... |    | |  | | |   | Peu étendu, le Panier se parcourt à pied, le nez au vent, en quête de parfums et de sensations, sans peur de se perdre. Ce n'est plus le coupe-gorge où le Marseillais, pourtant brave, n'osait pas mettre les pieds ! Au contraire, l'antique Massalia ne cesse d'être réhabilitée depuis 20 ans. Désormais, les crépis ocre fleurissent sur les façades, les artisans, céramistes et santonniers reviennent s'y installer, les écrivains de polar marseillais - Del Pappas et Carrese, entre autres - en font le cadre de leurs aventures...
Pour rejoindre la butte, faites comme les Grecs de Phocée arrivés là il y a 2600 ans : partez du quai du Port, face à la mairie. D'inspiration baroque, ce petit pavillon évoque certains palais de la côte italienne comme à Gênes. Cette oeuvre de Gaspard Puget et de Mathieu Portal arbore une belle pierre rose et lumineuse provenant de la carrière de La Couronne près de Martigues (de la mollasse calcaire déjà exploitée par les Grecs). À gauche, voici l'un des plus beaux exemples du Marseille de la reconstruction : les immeubles de l'architecte Pouillon, tout habillés de belle pierre jaune du pont du Gard. L'architecte, conscient qu'il s'inscrivait dans un site plusieurs fois millénaire, a multiplié les clins d'oeil à la tradition : toit en attique recouvert de tuiles, arcades, loggias en façade et plafond à caissons. Longez ensuite la mairie en suivant la rue de la Prison. Vous passerez devant un beau palais civil du 16e s., la maison Diamantée dont la façade est taillée en pointes de diamants. La rue de la Prison débouche dans la rue Caisserie, la plus ancienne du Panier. À voir, le balcon en ferronnerie de l'Hôtel Daviel, ancien palais de justice (1743) orné de panneaux dit « à la marguerite », qui était le motif favori des artisans marseillais au 18e s. Vous pouvez également admirer l'Hôtel-Dieu, somptueuse réalisation dixhuitiémiste, réputé pour ses trois étages de galeries circulaires à arcades. À proximité, le clocher des Accoules est le vestige de l'une des plus anciennes églises de Marseille. |    | |  | © G. Rouzeau / ViaMichelin La mythique Montée des Accoules
 | Revenez alors sur vos pas et attaquez l'ascension du Panier par la mythique montée des Accoules qui a valu au quartier sa réputation de « village pour les chèvres » tant cela grimpe. Le changement d'atmosphère est radical quand on pénètre dans ce boyau moyenâgeux et raide, pourvu d'une rambarde en son centre. À gauche, au numéro 5, voici le plus vieil immeuble du Panier (17e s.) dont la façade bien décrépite attend une restauration. Sur votre droite, la rue Poirier serpente sous les cordes à linge comme à Naples. Continuez l'ascension et, au numéro 24, arrêtez-vous au cabanon des Accoules d'André Robbe. Ce fabricant de santons (dont la tradition est née à Marseille et non à Aubagne) milite pour le développement et la sauvegarde de ce quartier qu'il connaît comme sa poche. Un peu plus loin, le préau des Accoules est un ancien collège jésuite du 18e s. transformé en centre d'art pour les enfants. Rejoignez la place de Lenche, une jolie placette ensoleillée qui offre une belle vue sur les eaux scintillantes du Vieux-Port. Elle est située sur l'ancienne agora grecque. Dans l'imaginaire marseillais elle évoque aussi les histoires de règlements de comptes entre gangsters.
Suivez ensuite la rue de l'Évêché jusqu'à la place des Treize Cantons d'où l'on aperçoit l'énorme coupole néo-byzantine de la nouvelle Major. Celle-ci abrite des lieux emblématiques de la vie du quartier, comme le fameux bar des Treize Coins, et la non moins fameuse Chocolatière du Panier, une minuscule échoppe noire qui reçut la visite de Casanova. De là, remontez la rue du Panier sur 100 mètres. Vous déboucherez, entre les rues Rodillat et Pistoles, sur la Vieille Charité, le joyau architectural de Marseille. Édifié entre 1671 et 1749 pour soigner les miséreux de la ville, cet ancien hospice est l'oeuvre des frères Puget. Admirez la chapelle et son dôme ovoïde, véritable déclaration d'amour au baroque italien. Le lieu, havre de paix et de silence, regroupe de nombreux musées*. À gauche, prenez la rue du Petit Puits et faites une halte chez Artera, où de jeunes artistes peignent les santons au goût du jour. N'oubliez pas non plus la Sardine d'argile, un céramiste dont la réputation excède largement celle du Panier. Au bout de la rue, voici la place de Lorette. Prenez ensuite la rue des Mauvestis puis la rue du Panier qui vous conduiront à la délicieuse place des Moulins où, dit-on, jusqu'à treize de ces engins faisaient tourner leurs ailes. Au-dessous se trouvent les citernes de la ville.
Retournez place de Lorette, descendez la rue de Lorette au milieu de laquelle s'ouvre le raide passage du même nom. Le contraste est brutal : exit le village méditerranéen aux venelles suspendues ! Bienvenue dans la ville hausmannienne avec la grande artère bruyante de la rue de la République qui descend jusqu'au Vieux-Port...
* Musée d'archéologie méditerranéenne, musée d'Arts africains, océaniens, amérindiens (MAAOA), collection François-Reichenbach. |  |  | | Imprimer | |  |  |