 |  | Par E. Tresmontant
| À quelques minutes au sud de Grenoble, ce chef-d'oeuvre architectural de 143 ouvrages d'art transportait autrefois le charbon des mines de La Mure vers la capitale des Alpes. Depuis 1988, petits et grands refont ce périple à travers des paysages vertigineux, avant de partir randonner vers le Mont-Aiguille ou la Pierre Percée, deux des sept merveilles du Dauphiné. |    | La plus belle ligne des Alpes |   | Inauguré en 1888 après quatre ans de travaux gigantesques (certaines falaises furent pilonnées par l'artillerie des chasseurs alpins afin d'y creuser une bordure), le chemin de fer de La Mure parcourt 30 km suivant un tracé sinueux qui s'élève de 300 à 1 480 m. Passé l'ère glorieuse des machines à vapeur, il fut en 1909 le premier réseau électrifié du monde. La vocation première de ce train était d'assurer l'écoulement quotidien de la production d'anthracite de La Mure vers la gare de St-Georges-de-Commiers (située à 18 km de Grenoble); dans les années 1970, le trafic minier était encore de 800 000 tonnes annuelles. Plus insolite, la ligne fut aussi vouée dans les années 1930 au transport des pèlerins de Notre-Dame-de-la-Salette. Le 18 octobre 1988, le dernier train de charbon quitta les houillères dans une épaisse brume automnale : la fin d'une époque... Aujourd'hui, le chemin de fer de La Mure est un haut lieu du tourisme dauphinois. À flanc de montagne, le train (dont les wagons de 1900 proviennent de Suisse) se faufile hardiment au-dessus des gorges du Drac, traverse des tunnels encore hantés par le souvenir des mineurs et emprunte d'élégants viaducs superposés (celui de Vaulx, avec ses 9 arches, ne mesure pas moins de 170 m). Le panorama est grandiose avec, à l'horizon, le Mont-Aiguille, les crêtes Est du Vercors et la Pierre Percée (qui serait, selon la légende, une représentation du diable pétrifié) : à vos appareils photo ! |      | Méconnu mais passionnant, le musée de la mine de La Motte-d'Aveillans (charmant hameau réputé pour son miel de montagne et où s'arrête le train peu avant La Mure) vous fera découvrir la vie et le travail des "gueules noires" d'autrefois. Créée sous Napoléon 1er, cette mine ne fut fermée qu'en 1986 ! Ce sont les anciens mineurs qui sont à l'origine de ce musée, construit sur le site même, et qui vous guideront à l'intérieur de plusieurs galeries d'extraction remises en état. Ici donc, pas de boniment ennuyeux, mais des explications précises et émouvantes. Au 19e s., les mineurs (et leurs enfants) étaient payés au chariot ; s'il y avait un accident ou s'il fallait construire une charpente de soutien, la paie de la journée disparaissait. Les rats abondaient, mais leur présence était nécessaire car ils détectaient le grisou. Chargés du transport des wagons, les chevaux n'étaient pas aveugles, contrairement à leurs congénères des mines du Nord, car ils voyaient la lumière du jour une fois par semaine. Ce ne fut qu'à partir de 1920 que les mineurs utilisèrent un masque filtrant la poussière de charbon pour se protéger de la silicose. Descendant à plus d'un kilomètre de profondeur et vêtus d'une blouse noire (contre l'humidité), vous découvrirez aussi les techniques du boisage, le puits, le vélo-mine, la cheminée, la salle du casse-croûte, les éboulements, les lanternes, la solidarité des mineurs... Un magnifique lieu de mémoire. |      |  | | À ne pas manquer | | La Mine-Image à La Motte-d'Aveillans - Lac du Monteynard | |  |  |  |