 |  |  | | |  |  | DESTINATION | | | | | | Le Ghjunsani, un secret bien gardé | |  |  | Par Georges Rouzeau
| Située en haute Balagne, la vallée du Ghjunsani (Giussani) est l'un des secrets les mieux gardés de Corse. Dans cette vallée parallèle à celle de l'Asco, quatre villages entourés de sommets majestueux comme le Monte Padro et le Monte Corona murmurent encore l'histoire d'une civilisation agro-pastorale millénaire. |    | |  | © G. Rouzeau / ViaMichelin Présence tutélaire du Ghjunsani, le Monte Padro culmine à 2 393 m.
 |  | Le Ghjunsani, une ancienne arcadie ? |  | Le Ghjunsani, c'est quatre villages qui se regardent au bord d'une vallée où coule la rivière Tartagine. Une nature intacte et un cirque de cimes leur font un écrin majestueux. Vallica, Olmi-Cappella, Mausoleo et Pioggiola ne comptent guère que 170 habitants mais débordent d'âme. De la pierre blonde, une église baroque de poche, des châtaigniers et des chênes verts centenaires, un petit cimetière dévoré par les coquelicots, un vol de geais ou de milan royal, le braiment d'un âne ou le tintement d'une cloche de vache : voilà la substance intime d'un village du Ghjunsani. Cette vallée du bout du monde est seulement à une heure de route de Calvi.
Quand le crépuscule tombe et que se lèvent d'un coup tous les parfums et la fraîcheur retrouvée, les sens vacillent. Dans son halo blond, chaque village se détache alors de sa couronne de verdure. Au criaillement de la corneille succède la ponctuation ironique du petit duc et de la chouette effraie. Le maquis et la forêt bruissent de mille bruits inconnus. Une nuit profonde, tachée de quelques rares lampadaires, s'installe et la voûte étoilée scintille comme jamais dans aucune ville. C'est le moment de s'offrir un casse-croûte corse, de sortir figatellu*, lonzu**, coppa, fromages et confiture de figues ; de servir la liqueur de châtaigne, l'eau-de-vie parfumée à la myrte sauvage !
Dans cette antique pieve (l'équivalent d'une paroisse), la présence humaine remonte au moins au néolithique - Mausoleo serait, selon la tradition orale, le plus vieux village de la vallée (3e s. av. J.-C.). Fauchée par la désertification rurale, cette civilisation agro-pastorale corse abonde encore en signes et en vestiges qu'il faut décrypter. Appuyée sur deux piliers, le cycle des saisons et le calendrier religieux, cette communauté d'artisans, de bergers et d'agriculteurs vivaient en bonne harmonie. Les anciens, comme Antoine Lipreti, le dernier meunier, comme le dernier chevrier ayant accompli à pied en 1997 la transhumance depuis l'Asco, comme le bon monsieur Fabiani, maire de Mausoleo, détiennent les clefs d'un monde perdu de traditions locales et d'anecdotes. Saluez-les et buvez leurs paroles, c'est la source chantante ! Quant à monsieur Massiani, l'ancien instituteur de Pioggiola, il oeuvre avec succès à la sauvegarde de la mémoire et de l'identité de ces villages - notamment au sein de la Confrérie de San Parteu. Vêtus de l'aube blanche du pénitent et d'une cape grenat, ces laïcs associés à l'église catholique restaurent les bâtiments religieux, participent aux fêtes patronales et aident celles et ceux qui sont dans la détresse. C'est au sein des confréries (elles occupent le petit édifice qui très souvent jouxte l'église) que se maintient la tradition du chant polyphonique, creuset du renouveau de l'identité corse... |    | Le Ghjunsani raconté par ses quatre villages |   | |  | © G. Rouzeau / ViaMichelin Un emblème du Ghjunsani : le clocher à double étage de l'église St-Nicolas d'Olmi-Cappella.
 | Au carrefour de tous les chemins venant de Belgodère, d'Asco, de Castifao et d'Olmi-Capella se trouve Vallica (21 âmes) et son panorama illimité. Sur sa butte solitaire ornée de chênes verts, Vallica jouit peut-être de la plus belle vue sur les montagnes, les aiguilles de Popolasca, le Monte Padro et le Monte Corona... Olmi-Cappella, le bourg le plus important, possède une charmante église baroque, St-Nicolas (17e s.), où Pascal Paoli eut l'honneur d'un Te Deum lors de son passage en 1790. Le petit orgue armoire de 1808 a été restauré en 1986 : ses tuyaux s'enflamment notamment lors de la Saint-Roch. Le bâtiment Battaglini, énorme bâtisse qui trône au milieu du village, est le foyer des aventures théâtrales de l'ARIA, l'Association des Rencontres Internationales Artistiques (voir le portrait de Robin Renucci). Places, fontaines, four à pain, site néolithique du hameau d'Altiani émaillent la visite d'Olmi-Cappella qui se conclut au Bar des Amis en sirotant un verre de bière à la châtaigne avec un canistrelli*** de la maison Casanova. Recouverts de pins et de châtaigniers, de chênes verts et blancs, Pioggiola s'égrène au fil de ses quatre hameaux (Calchisaiti, Tombolaccie, Bornolaccie, Pioggiola et Forcili). La petite église Santa Maria Assunta, avec son chevet roman et sa façade baroque surdimensionnée est suspendue entre terre et ciel au détour d'un virage. Elle abrite un petit trésor : un orgue construit par Anton Pietro Saladini en 1844. Chaque année pour la Saint-Pancrace, des pèlerins venus de toute la Balagne viennent rendre hommage au sanctuaire guérisseur. Parmi eux, un marin de l'Île-Rousse âgé de 76 ans accomplit ce voyage à pied. Pioggiola accueille les dormeurs à l'hôtel A Tramula et à l'auberge de l'Aghjola qui servent aussi de plantureux casse-croûte. Quant au restaurant La Tornadia, il propose les meilleurs produits du terroir corse : vin de miel, noisettes de Cervione, farine de châtaigne, transcendés dans le creuset d'une cuisine inventive.
Coupé en deux par une langue granitique (surplombée d'une fameuse pierre branlante), Mausoleo, dont l'église abrite la plus vieille statue de saint Jean-Baptiste de haute Corse, est le dernier hameau avant la forêt domaniale de la Tartagine-Melaja. Plantée de châtaigniers, de chênes verts, de pins et de pins laricio, probablement exploitée par les Carthaginois (d'où son nom), cette dernière est un merveilleux sanctuaire riche en promenades et en pauses rafraîchissantes en bord de rivière.
* Saucisse fumée faite avec des rognons, du coeur et du foie. ** Charcuterie à base de filets de porc. *** Gâteau d'amandes et de noisettes, parfumé à l'anis. |  |  |  | | | | | | |    |  |  |  | |  |  |