 | Par G. Rouzeau
| En plus de ses monastères, de ses églises, de ses chapelles et de ses musées, Bruges la médiévale compte désormais en ses murs plusieurs réalisations architecturales contemporaines : un concertgebouw (salle de spectacle) néo-baroque sur le T'Zand, un pavillon high-tech du Japonais Tokyo Ito sur le Burg et une élégante passerelle sur la Coupure du Suisse Jürg Konzett. |    | Élue capitale européenne de la culture en 2002, la Venise du Nord, cette cité chimérique aux innombrables clochers, flèches et autres clochetons dentelés, a ouvert sa bergerie médiévale à quelques jeunes loups de l'architecture contemporaine. Les puristes auraient tort de crier au scandale : cette ville médiévale n'a pas cessé, depuis sa fondation moyenâgeuse, d'évoluer et compte de très beaux édifices gothiques, néogothiques et même Arts et Crafts du début du 20e s. (lire notre article Bruges, ville médiévale ?) |      | La plus ambitieuse et la plus importante de ces réalisations architecturales est assurément le Concertgebouw, situé sur le T'Zand. Cette salle de spectacle a été conçue par les architectes gantois Robbrecht et Daem, avec la collaboration notamment de l'architecte paysagiste Wirtz, d'acousticiens britanniques et de spécialistes allemands du théâtre. Le Concertgebouw est un grand vaisseau futuriste, de verre, de métal et de béton, d'inspiration baroque et recouvert de tuiles en terre cuite brun-rouge, couleur qui évoque aussi bien la Toscane que la cathédrale St-Sauveur, l'édifice brugeois préféré de Paul Robbrecht. |    | Posée à la lisière de la ville, là où déjà la campagne flamande aux prairies vertes et grasses reprend ses prérogatives, cette oeuvre « pastorale » (selon ses concepteurs) est la pierre de touche de la programmation de Bruges 2002. La grande salle de concert (1 320 places) et la salle de musique de chambre (300 places) accueillent opéras, concerts, chorégraphies et pièces de théâtre. Ami du chef d'orchestre gantois Philippe Herreweghe qui lui a fait goûter les bonheurs de l'architecture italienne, Paul Robbrecht s'est inspiré des cours intérieurs, des loggias et des escaliers en spirale des palazzi italiens. Enfin, comme Bruges gagne à être vue des hauteurs, le soir au couchant, l'édifice jouit depuis sa terrasse panoramique d'un très beau point de vue sur la ville. Elle se révèle alors telle que de nombreux graveurs et artistes, comme Marc Gheeraerdt, Memling, Pourbus ou Pierre Claeissins, ont cherché à l'immortaliser... |    | Le pavillon temporaire de Tokyo Ito sur le Burg |   | Auteur de nombreux édifices futuristes dans le monde comme la WindTower de Yokohama (Japon, 1986), Tokyo Ito incarne la techno-architecture japonaise. Sa médiathèque de Sendai (2001) est considérée comme une véritable icône de l'architecture du troisième millénaire. Son pavillon de verre et d'aluminium, posé sur un plan d'eau, hommage à la cité maritime et à ses reflets, a vogué sans heurt jusqu'au coeur historique de la ville de Bruges, le Burg. Comme un rêve chargé d'histoire, ce pont enté d'une enveloppe de dentelle en aluminium, occupe l'emplacement de la cathédrale St-Donatien, disparue il y a 200 ans. Architecture écologique également, car la légèreté du pavillon ne pèse en rien sur les sous-sols brugeois où des fouilles archéologiques sont en cours. |    | La passerelle sur la Coupure de Jürg Conzett |   | La dernière réalisation architecturale s'adresse plus particulièrement aux amoureux de la petite reine... La route piétonnière et cycliste qui entoure le noyau urbain de Bruges suit le tracé de la troisième couronne de fortifications datant de 1297. La construction en 1753 du canal de la Coupure, nouvelle liaison entre le canal extérieur et le centre ville, a « coupé » ce chemin. Conçu par l'architecte et ingénieur suisse Jürg Conzett, ce nouveau pont vient combler cette brèche. Lors du passage des vedettes touristiques, cette passerelle mobile s'enroule alors sur 2 tubes reposant sur des piles en grès de Flandre. Combinant modernité et tradition, acier, bois (chêne massif) et pierre, cette passerelle écologique (pas de gros moteurs hydrauliques comme dans un pont mobile !) joue avec bonheur son rôle de frontière. Elle sépare, d'un côté, la cité moyenâgeuse et de l'autre, la périphérie déjà industrielle. |     |  |  |