08-09-2008
Par Éric BoucherVous n’échapperez pas aux poncifs, Cracovie est un pur joyau, un petit bijou gothique, Renaissant et baroque. À n’en pas douter, l’ancienne capitale de la Pologne est l’une des plus belles villes d’Europe. Inscrite au patrimoine mondial de l’Unesco dès 1978, on la compare volontiers à Prague, mais en un peu moins touristique. Dans l’attente du passage à l’euro, la vie y est encore bon marché. Profitez-en ! Ville miraculée L’histoire de la Pologne est une longue litanie de souffrances, émaillée d’invasions, de destructions et d’oppression. Suédois, Autrichiens, Allemands, Russes n’ont souvent laissé derrière eux que ruines fumantes et désolation. Que Cracovie (Kraków en polonais, prononcer « Cracouf ») ait pu échapper au funeste sort de Varsovie, détruite à 85% pendant la Seconde Guerre mondiale, tient du miracle. Elle n’en fut pas moins martyrisée par les nazis : seuls 10% des 70 000 juifs de Cracovie survécurent à la guerre. Quant aux communistes, ils voulurent extirper l’âme de cette cité considérée comme un repaire de bourgeois et d’intellectuels, en la prolétarisant. Ils construisirent à une dizaine de kilomètres une gigantesque usine sidérurgique doublée d’une ville nouvelle dans le plus pur style stalinien : Nowa Huta. Mais Cracovie ne dérogea pas à son illustre passé de capitale politique et culturelle et devint un foyer de résistance dont son représentant le plus connu fut un certain Karol Wojtyla. Si la cité royale faillit disparaître, c’est finalement en raison de la pollution et de son abandon. Murs délabrés, statues rongées par les pluies acides, façades crasseuses : quiconque a connu Cracovie il y a plus de 15 ans aurait peine à la reconnaître aujourd’hui. Mais en la négligeant, les communistes l’ont finalement préservée des stigmates de la modernité. Cracovie est une ville intacte pour notre plus grand plaisir !
 Rynek (petite place du marché) © E. Boucher/ViaMichelinUne ville jeune qui a recouvré ses couleurs À l’instar de ses riantes façades qui ont recouvré leurs tons pastel, la population de Cracovie se caractérise par son dynamisme et sa jeunesse. À l’heure où les pays d’Europe de l’ouest vieillissent, le contraste est frappant : le nombre d’habitants a quadruplé depuis la guerre et la ville reste un important centre universitaire avec près de 45 000 étudiants. Rien de figé donc dans cette ville, même si le décor est inchangé depuis plusieurs siècles, comme en témoigne le nombre de cafés et de bars. L’importante diaspora polonaise au Canada, aux U.S.A. et en Australie envoie son contingent de jeunes étudiants et l’on entend parler anglais à tous les coins de rue. Autre phénomène nouveau, le nombre de mariages mixtes avec des Irlandais et des Anglais. Alors que la France se fermait au plombier polonais, c’est plus d’un million de Polonais qui émigrait en Europe de l’ouest, principalement au Royaume-Uni et en Irlande avec respectivement près de 1 million et 500 000 émigrés. Vous pourrez en constater les effets dans les splendides églises de Cracovie où les mariages dans les deux langues ne sont pas rares.  Rue Kanonicza © E. Boucher/ViaMichelinL’âme de l’ancienne Pologne Contrairement à Varsovie, ou même à Gdansk détruite également en grande partie, Cracovie est authentique, et ça se sent ! Si Varsovie présente une architecture pour le moins hétérogène fruit de la reconstruction d’après-guerre, Cracovie forme un tissu urbain d’une grande unité, façonné par les siècles d’une histoire plus que millénaire (la ville est mentionnée pour la 1ère fois en 965). Les Cracoviens sont fiers de leur ville, de son patrimoine comme de sa vie intellectuelle et artistique qui a perduré après la guerre en dépit du régime communiste – par exemple à travers le metteur en scène et dramaturge Tadeusz Kantor. Ils cultivent une nonchalance toute méridionale plus proche de l’esprit viennois que des rigueurs septentrionales de Varsovie. Deux endroits symbolisent à merveille cet art de vivre : le café Jama Michalika et les Planty. Le premier n’est autre que le plus ancien café de la ville, et sans doute du pays ; cet antre de l’intelligentsia, avant guerre, a conservé son décor art nouveau et est couvert des œuvres des différents artistes qui le fréquentaient, notamment du mouvement d’avant-garde Jeune Pologne (Młoda Polska). Les Planty sont quant eux une vaste promenade plantée qui entoure le centre historique à l’emplacement des anciens remparts de la ville, détruits au 19e s. par les Autrichiens à l’exemple du Ring viennois. Pas de meilleur endroit pour observer le Cracovien en période d’oisiveté : amoureux, étudiants de l’université Jagellonne toute proche, retraités, gamins rentrant de l’école… Loin de l’agitation touristique du Rynek (place du marché) ou du château de Wawel, une promenade dansKazimierz vous fera remonter dans le temps, à l’époque où c’était le plus important quartier juif d’Europe de l’Est. Celui-ci est en pleine mutation, évoluant entre branchitude, culture alternative et réappropriation par la communauté juive. Laissé dans un état d’abandon et de paupérisation pendant près de 45 ans par le régime communiste, Kazimierz se rénove à grand pas mais conserve encore un habitat très dégradé et des rues grossièrement pavées. À visiter maintenant, avant que l’endroit ne se retrouve dans les catalogues de tous les tour operators ! Climax de cette quête d’un monde disparu, la visite des deux cimetières juifs, chaos de stèles envahi par la végétation.  Cathédrale (détail) © E. Boucher/ViaMichelinLa Voie royale Cracovie et ses environs méritent au moins trois ou quatre jours, mais si vous disposez de peu de temps, engagez-vous sur la « Voie royale », qui vous fera traverser le Cracovie historique et découvrir les principaux monuments. Empruntée autrefois par les cortèges des souverains ou des hôtes illustres, elle est aujourd’hui arpentée pas les touristes de tout poil. L’itinéraire commence place Matejki, passe par la barbacane gothique et la porte Saint-Florian, vestiges des anciennes fortifications, avant d’épouser la splendide rue Florianska avec pour perspective le clocher de l’église Notre-Dame (Kosciół Mariacki) et la grande place du Marché (Rynek Główny). Avec ses maisons aux façades Renaissance et baroques, sa halle aux draps et ses nombreuses terrasses de cafés, le Rynek est l’une des plus belles places d’Europe et sera le point d’orgue de votre visite. En vous engageant ensuite dans la rue Grodzka, dont l’un des fleurons est l’église baroque St-Pierre-et-St-Paul (Kosciół Św. Piotra i Pawła), puis dans la rue Kanonicza, authentique artère médiévale très pittoresque, vous atteindrez la colline de Wavel, surplombant le fleuve. Coiffée de son château royal et de sa cathédrale, Wawel est le creuset de l’identité polonaise et un site d’autant plus symbolique que ce sanctuaire fut le lieu de couronnement des rois et qu’il est désormais un panthéon où reposent les différentes dynasties royales et les hommes illustres de la nation, du poète Adam Mickiewicz aux héros Tadeusz Kościuszko et Józef Piłsudski. ../../tpl/mag6/art200809/img/diapo-1-Barbacane.jpg../../tpl/mag6/art200809/img/diapo-2-Porte_St_Florian.jpg../../tpl/mag6/art200809/img/diapo-3-rue_florianska.jpg../../tpl/mag6/art200809/img/diapo-4-theatre_jour.jpg../../tpl/mag6/art200809/img/diapo-5-theatre-nuit.jpg../../tpl/mag6/art200809/img/diapo-6-Grande_place.jpg../../tpl/mag6/art200809/img/diapo-7-notre-dame.jpg../../tpl/mag6/art200809/img/diapo-8-notre_dame_int.jpg../../tpl/mag6/art200809/img/diapo-9-halles-draps.jpg../../tpl/mag6/art200809/img/diapo-10-saint-pierre.jpg../../tpl/mag6/art200809/img/diapo-10bis-saint-pierre.jpg../../tpl/mag6/art200809/img/diapo-11-cathedrale.jpg../../tpl/mag6/art200809/img/diapo-12-chateau.jpg../../tpl/mag6/art200809/img/diapo-13-universite.jpg../../tpl/mag6/art200809/img/diapo-14-vitrail.jpg../../tpl/mag6/art200809/img/diapo-15-jean-paul-2.jpg../../tpl/mag6/art200809/img/diapo-16-eglise-fete-dieu.jpg../../tpl/mag6/art200809/img/diapo-17-kazimierz.jpg../../tpl/mag6/art200809/img/diapo-18-cimetiere-juif.jpg../../tpl/mag6/art200809/img/diapo-19-cracovie-nuit.jpg © E. Boucher/ViaMichelin Barbacane Construite en 1499 pour faire face aux offensives ottomanes, c’est l’une des rares barbacanes d’Europe à être parfaitement conservée. © E. Boucher/ViaMichelin Porte Saint-Florian Unique porte d’entrée de la ville conservée sur les huit que comptait l’enceinte médiévale. Elle ouvre la « Voie royale » qui traverse la ville et conduit au château de Wawel. © E. Boucher/ViaMichelin Rue Florianska © E. Boucher/ViaMichelin Théâtre J. Słowacki L’architecte s’est inspiré des opéras de Paris et de Vienne. Les dimensions sont bien sûr moins imposantes, mais la ressemblance avec la coupole du palais Garnier est frappante. © E. Boucher/ViaMichelin Théâtre J. Słowacki © E. Boucher/ViaMichelin Grande place du Marché (Le Rynek Główny) Force centripète qui semble aspirer comme un siphon tous les touristes de la ville, le Rynek ne désemplit pas. De bonnes raisons à cela : entièrement piétonne, c’est l’une des plus belles places d’Europe. D’une superficie de 4 hectares, sa configuration date de 1257, mais les façades des maisons qui la bordent ont été remaniées dans le style néoclassique ou baroque. Envahie par les terrasses de cafés et les bateleurs, cette « pompe à Phynance » du négoce touristique comme dirait Ubu (on sait que la pièce de Jarry se passe en Pologne) exaspère plus d’un Cracovien qui estime que le Rynek y a perdu son âme. © E. Boucher/ViaMichelin L’Église Notre-Dame (Kosciół Mariacki) Ce joyau de l’art gothique (14e s.) se caractérise par deux tours de hauteur inégale. Légende ou réalité, on attribue cette dissymétrie à la rivalité de deux frères, architectes de chacune des tours, dont l’un aurait assassiné l’autre par jalousie, laissant la tour de droite inachevée. Celle de gauche sert de tour de guet. Elle donne lieu à l’une des principales attractions de Cracovie : le Hejnał, une sonnerie de trompette un peu lugubre qui suit un rituel établi depuis le 16e s. Toutes les heures, le trompettiste pousse sa complainte à chacune des fenêtres située aux quatre points cardinaux. La mélodie s’interrompt brusquement en vertu d’une légende selon laquelle, lors d’une invasion tatar, le guetteur qui donnait l’alerte n’eut pas le temps d’achever son signal, une flèche lui ayant transpercé la gorge. © E. Boucher/ViaMichelin L’Église Notre-Dame (Kosciół Mariacki) La décoration intérieure est époustouflante, la bourgeoisie de Cracovie ayant voulu en remontrer au roi en rivalisant de richesse avec la cathédrale royale de Wawel. Son aspect actuel résulte de deux travaux d’embellissement : à l’époque baroque et au 19e s. (1889-1892). Les peintures murales, de style néo-gothique, sont ainsi dues à deux des plus grands peintres polonais, Jan Matejko et Wyspiański auquel ont doit aussi les vitraux Art nouveau. Mais le véritable joyau de l’église trône au au-dessus de l’autel : il s’agit du retable de l’artiste Veit Stoss (1438-1533), qui avec ses 13 m de haut sur 11 m de large représente près de 200 personnages. © E. Boucher/ViaMichelin La halle aux draps (Sukiennice) De dimensions imposantes, elle occupe le centre de la grande place du marché. L’originale ayant été détruite par un incendie en 1555, elle fut reconstruite dans le style Renaissance. Devant la halle, la statue du barde national : Adam Mickiewicz. © E. Boucher/ViaMichelin L’église St-Pierre-et-St-Paul (Kosciół Św. Piotra i Pawła) Inspirée de l’église Gesú de Vignola à Rome, St-Pierre-et-Paul (1619) fut la première introduction du baroque à Cracovie. L’église sert de cadre à de jolis concerts de musique classique en soirée. © E. Boucher/ViaMichelin L’église St-Pierre-et-St-Paul (Kosciół Św. Piotra i Pawła) En retrait de la rue, l’église est précédée d’une grille surmontée des statues monumentales des douze apôtres. Rongées par la pollution pendant la période communiste, elles ont été remplacées par des copies. © E. Boucher/ViaMichelin La cathédrale de Wawel (Katedra Wawelska) Cette cathédrale gothique de dimension modeste, quasiment inchangée depuis 1364, abrite des merveilles de l’art funéraire, la plupart des dynasties royales polonaises y reposant. L’intérieur est tout simplement éblouissant ! © E. Boucher/ViaMichelin Le château Royal (Zamek Królewski) Wawel fut le siège de l’autorité royale pendant six siècles, mais le transfert de la souveraineté à Varsovie, en 1596, amorça son déclin. Successivement pillé par les Suédois, les Russes et les Autrichiens, il fut transformé en caserne par ces derniers. Racheté par les citoyens polonais en 1905, suite à une souscription nationale, ce symbole de la nation put enfin renaître. La cour intérieure à arcades est tout simplement gigantesque et digne des plus beaux palais de la Renaissance italienne. Le palais abrite la plus importante collection de tapisseries des Flandres (16e s.) au monde, qui compte 136 pièces. © E. Boucher/ViaMichelin Collegium Maius (Université Jagellonne) Fondée en 1364 par le roi Casimir le Grand, c’est l’une des plus anciennes universités d’Europe Centrale. Parmi ses étudiants les plus illustres : Nicolas Copernic et Karol Wojtyła. © E. Boucher/ViaMichelin Vitrail de la basilique des Franciscains (Bazylika Franciszkanów) À la fois peintre, dramaturge et décorateur Stanisław Wyspiański (1869-1907) est le prototype de l’artiste aux talents multiples. Après l’incendie de la basilique, il fut sollicité pour participer à la rénovation intérieure. On lui doit les fresques murales associant avec une grande inventivité les styles néogothique, néoroman et les motifs Art nouveau. Ses vitraux Art nouveau sont tout simplement un chef-d’œuvre. © E. Boucher/ViaMichelin L’omniprésence de l’enfant du pays, Karol Wojtyła. © E. Boucher/ViaMichelin Quartier de Kazimierz, Église de la Fête-Dieu (Kosciół Bożego Ciała) Si l’extérieur gothique en pierre et brique est un peu austère, le contraste est saisissant une fois à l’intérieur, caractérisé par un décor baroque de bois richement sculpté et doré. La chaire en forme de bateau est particulièrement remarquable. © E. Boucher/ViaMichelin Quartier de Kazimierz Un habitat populaire encore très dégradé par endroits mais qui se rénove à grands pas sous l’impulsion de nouveaux arrivants : artistes, étudiants et institutions juives. © E. Boucher/ViaMichelin Quartier de Kazimierz, le nouveau cimetière juif. © E. Boucher/ViaMichelin Cracovie de nuit aux alentours de la gare. Infos pratiquesComment s'y rendre ? La compagnie Transavia, filiale d'Air-France, assure des vols directs à partir de Paris Orly. Office National Polonais de Tourisme Location de vélo La ville se prête bien à une visite en deux-roues. Ul. Sw. Anny 4 31-008 Cracovie Tél. : 501 745 986 |