Stoke Newington (Londres)
Royaume-Uni, London

Stoke Newington (Londres)

Par Ulrich Cros
 
Cette troisième Londres, celle des villages progressivement avalés par la capitale et des petits jardins oubliés à l’ombre écrasante de Regent's Park ou de Kensington Gardens, est le théâtre d’une étonnante fusion entre la ville et ses faubourgs.
 
Hésitation perceptible entre ville et banlieue, mixité sociale et ethnique, et surtout, une façon de cultiver les liens qui tissent l’esprit d’un quartier. Cette troisième Londres, riche de ces influences croisées et de ces paradoxes, c’est à Stoke Newington qu’on la trouve.


Clissold Park incarne l’essence du parc intra-urbain à l’anglo-saxonne.
© Ulrich Cros

La ville à la campagne

Stoke Newington est aujourd’hui un district d’Hackney après avoir été jusqu’en 1968 un borough de plein droit. Stoke Newington signifie littéralement « ville nouvelle dans les bois », un nom qui renvoie au passé agricole, forestier et aquifère du quartier, un passé encore visible dans la densité en arbres et en parcs dont se prévaut le district.
 
Church Street constitue le cœur battant de « Stokie », comme l’appellent affectueusement les locaux, une artère commerçante au charme provincial dont on peine à croire qu’elle se situe à une petite heure de marche de la City (à Londres, c’est peu). Daniel Defoe était natif de la rue, et Edgar Poe y étudia vers 1820 ; on y trouve les deux églises anglicanes autour desquelles se constitua le village historique, ainsi que l’entrée des deux principaux espaces verts du quartier. La rue est riche en commerces, et abrite en particulier de nombreux second-hand shops, librairies, brocanteurs et friperies.
 
Au nord-ouest, Clissold Park incarne l’essence du parc intra-urbain à l’anglo-saxonne. De vastes espaces impeccablement gazonnés y accueillent chaque dimanche les familles des environs au cours d’interminables parties de football ; une ménagerie abrite une tribu de daims et quelques oiseaux, et l’ancienne maison domaniale reconvertie en coffee house offre à toute heure une halte bienvenue.
 
Côté nord-est, le cimetière d’Abney Park offre un panorama tout différent. Archétype du jardin à l’anglaise, laissé à l’emprise d’une nature toute-puissante, c’est aujourd’hui un parc classé qui tient autant du cimetière que de l’arboretum. Ouvert au public pendant la journée, l’endroit évoque une nécropole néolithique engloutie par une étrange jungle boréale, et l’ancienne église abandonnée qui en occupe le centre renforce encore l’impression de visiter les ruines d’une civilisation disparue. L’ambiance y change dès la nuit tombée, l’endroit étant devenu un lieu de rendez-vous incontournable pour la communauté homosexuelle locale.

Le pub Fox Reformed
© Ulrich Cros

Ombre et Lumière

La dualité est l’un des traits distinctifs du quartier, à la fois paradis pour les familles qui plébiscitent son confort de vie et la tranquillité de ses rues (du moins pendant la journée), et Mecque festive un rien bobo à la nuit tombée, riche en pubs et en bars jazzy.
 
Sur Church Street proprement dite, le Vortex fut longtemps une institution des nuits londoniennes. Ce jazz bar mythique, aujourd’hui transféré plus à l’est sur Dalston Street, est devenu un squat militant dévoué à la préservation de l’art de vivre local, et qui renvoie au passé sulfureux du quartier, foyer d’agitation d’extrême gauche dans les années 1960. On se consolera de cette disparition en fréquentant le Stage B tout proche, dont les concerts de jazz du dimanche soir sont devenus un must.
 
En famille, on préférera le plus traditionnel pub de quartier, comme le Fox Reformed, toujours sur Church Street, qui n’oublie pas de proposer une carte des vins plus que décente, ou l’un des salons de thé en vogue, la Spence Bakery ou le Petit Coin par exemple, pour un Earl Grey agrémenté de pâtisseries à la cannelle. Church Street reste la colonne vertébrale du quartier (elle accueille désormais un Whole Foods, célèbre enseigne d’alimentation  bio, un vrai diplôme de gentrification), mais « Stokie » ne se limite pas à ses vertèbres : plus à l’est, l’axe de Stoke Newington High Street incarne le quartier dans toute sa dimension multiculturelle.
 
Turcs, Pakistanais, Iraniens, Somaliens et Arméniens, juifs, chrétiens et musulmans s’y juxtaposent dans une joyeuse mosaïque qui fait beaucoup pour la qualité des produits proposés. On ne se privera pas de goûter d’excellentes grillades, et on trouvera aisément des produits venus du monde entier, y compris les plus exotiques. Le marché situé un peu plus bas sur Stoke Newington Road, à Dalston Kingsland, propose tous les jours une savoureuse alternative aux nombreux magasins du quartier.
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