22-09-2008
Par Georges Rouzeau Ancien broker à Wall Street, Jeff Koons est l’un des artistes contemporains les plus chers du monde. Le Château de Versailles l’a invité à mettre en scène son univers kitsch et satirique dans les Grands appartements du roi et de la reine. L’exposition Jeff Koons-Versailles a fait couler de l’encre avant même son ouverture. Certaines voix s’étaient élevées pour dénoncer la présence dans les murs des Grands appartements du roi et de la reine d’œuvres se réclamant à la fois de Marcel Duchamp et d’Andy Warhol. La polémique continue, et l’on peut lire à ce propos le point de vue ravageur du grand historien de l’art Jean Clair, dans le Figaro.
© G.Rouzeau / Via MichelinLe décalage est de fait terriblement patent entre les ors et les marbres du château de Versailles et l’univers décalé, kitsch et outrageusement coloré de l’Américain. Jeff Koons, qui est l’artiste vivant le plus cher du monde, professe néanmoins une admiration sans borne pour Louis XIV et son univers artistique. On peut voir dans certaines de ses œuvres, notamment en porcelaine ou en bois sculpté, des manières de prolongement contemporain du rococo Louis XV. C’est le cas de Ushering in Banality ou encore de Flowers. Les œuvres ont été spécialement choisies pour « s’harmoniser avec le cadre dans lequel elles vont être présentées », en l’occurrence les Grands appartements de «l’étage noble», composés des appartements du Roi et des appartements de la Reine. Ceux-ci forment une suite de plusieurs pièces «en enfilade». Les œuvres présentées dans cette exposition ont été sélectionnées in situ par Jeff Koons. Chacune d’entre elle est supposée dialoguer avec le thème de la pièce, ou encore avec les caractéristiques du décor intérieur et de l’ameublement, comme le mobilier d’époque, les sculptures ou les peintures qui ornent les murs et les plafonds. Les auteurs du catalogue n’hésitent pas à parler de « mise en abyme » des œuvres de Jeff Koons dans l’écrin des appartements royaux. Selon le commissaire de l’exposition, l’univers en acier inoxydable de Jeff Koons, aux lignes minimales, incarne le classicisme et les décors de Versailles, le baroque ! Tout est alors question de mots… Pourtant, dans bien des cas, force est de reconnaître que l’alchimie ne fonctionne pas et que les éléments mis en présence se rejettent violemment. © G.Rouzeau / Via MichelinRappelons que l’univers artistique de Jeff Koons est constitué de lapins géants en acier, d’aspirateurs Hoover encadrés sous plexiglas et éclairés par des néons, ou de homards géants. Il partage avec Warhol une même méthode de travail : dans son atelier newyorkais, l’artiste s’est entouré d’une trentaine d’assistants qui réalisent ses œuvres. Ce qui permet à l’artiste de maîtriser absolument toutes les techniques de la sculpture et de faire appel aux meilleurs artisans de son temps, tel un monarque… Cette manifestation présente donc dix-sept pièces de Jeff Koons, réalisées des années 1980 à nos jours, et qui l’ont rendu célèbre, comme le Rabbit, qualifié d’œuvre « iconique du 20e s. » par le commissaire de l’exposition. On verra par exemple le fameux Rabbit exposé dans le Salon de l’Abondance : il s’agit de l’antichambre de l’ancien cabinet des curiosités. Lobster (le Homard) trouvera sa place dans le Salon de Mars, dédié à la fois au dieu grec et à la planète. La forme colorée et le style de l’œuvre sont inspirés des jouets gonflables pour piscine, mais le matériau utilisé par l’artiste est l’aluminium polychrome. L’exposition se clôt dans les jardins du Château avec la sculpture géante Split Rockerest installée dans le Parterre de l’Orangerie. L’œuvre associe deux profils différents de jouets d’enfant – un cheval à bascule bleu et un dinosaure animé – et ces deux moitiés d’animaux sont articulées par une structure architecturale intérieure. Ses 100 000 fleurs, issu de l’industrie de la floraison belge, devraient tenir jusqu’au 14 décembre. ../../tpl/mag6/art200809/img/jeff-koons-diapo-1.jpg../../tpl/mag6/art200809/img/jeff-koons-diapo-2.jpg../../tpl/mag6/art200809/img/jeff-koons-diapo-3.jpg../../tpl/mag6/art200809/img/jeff-koons-diapo-4.jpg../../tpl/mag6/art200809/img/jeff-koons-diapo-5.jpg../../tpl/mag6/art200809/img/jeff-koons-diapo-6.jpg../../tpl/mag6/art200809/img/jeff-koons-diapo-7.jpg../../tpl/mag6/art200809/img/jeff-koons-diapo-8.jpg../../tpl/mag6/art200809/img/jeff-koons-diapo-9.jpg../../tpl/mag6/art200809/img/jeff-koons-diapo-10.jpg © G.Rouzeau / Via Michelin Jeff Koons triomphe devant son Split-Rocker (2000). © G.Rouzeau / Via Michelin Le Ballon Dog (magenta, 1994-2000) trône dans le salon d’Hercule. Collection Artis. © G.Rouzeau / Via Michelin Jeff Koons en compagnie de Jean-Jacques Aillagon, président de l'Établissement public du musée et du domaine national de Versailles. © G.Rouzeau / Via Michelin Split-Rocker (2000) est installé sur le parterre de l’Orangerie. Acier inoxydable, terre, géotextile, système d’irrigation interne, plantes fleuries. Collection Artis. © G.Rouzeau / Via Michelin Lobster (2003), salon de Mars. Aluminium polychrome. Collection B.Z. & Michael Scwartz. © G.Rouzeau / Via Michelin Louis XIV (1986). Acier inoxydable. Collection Dakis Joannou. Le Salon de Mercure. © G.Rouzeau / Via Michelin Bear and Policeman (1988). Bois polychrome. Kunstmuseum Wolfsburg. Le Salon de la Guerre. © G.Rouzeau / Via Michelin Moon (Light Blue), 1995-2000. Acier chrome inoxydable François Pinault Foundation. La Galerie des Glaces. © G.Rouzeau / Via Michelin Hanging Heart (Red/Gold) -1994-2006. Acier chrome inoxydable. François Pinault Foundation. Alcove escalier de la Reine. © G.Rouzeau / Via Michelin Ballon Flower (Yellow) – 1995-2000. Acier chrome inoxydable. Collection Artis. Cour Royale. Infos pratiquesJeff Koons à Versailles Du mercredi 11 septembre au dimanche 14 décembre 2008 Château de Versailles - Grands Appartements et Parterre de l'Orangerie De 9h à 18h30 jusqu'au 31 octobre - De 9h à 17h30 du 1er novembre au 14 décembre Nocturnes les samedis de 18h30 à 22h sauf le 13 septembre Entrée : 13,50 euros. Gratuit moins de 18 ans et lors de Versailles Off le 4 octobre |